Jeudi 31 janvier 2008

Chapter 5 : La Demeure des Rossi


N’ayant pas dit un mot du trajet, Lorenzo passa la porte et fut noyé dans la lumière aveuglante du hall d’entrée. Le chauffeur rangea la limousine et suivit les pas du fils Rossi, ramassant au passage ses affaires échouées en plein milieu du passage. L’adolescent quand à lui venait de faire un rapide tour à la terrasse, faisant immédiatement demi-tour en apercevant son père affalé dans l’une des chaises longues. Sa tentative pour passer inaperçu échoua aussitôt quand sa petite soeur cria son nom et se précipita sur lui. Elle lui enserra les jambes, l’empêchant d’échapper au sourire paternel de satisfaction auquel il répondit par un bref rictus. Dévissant son cigare de sa bouche, Fabio lui demanda, sûre de connaître déjà la réponse :

“Alors, bien ta journée ? Tu as fait des rencontres ?”

Lorenzo lui envoya un regard noir qui se perdit dans le vide. Dans une absolue conviction d’avoir oeuvré pour le bien, le mafiosi ne voyait que sa propre satisfaction sur le visage de son fils. Il s’apprêtait à le serrer à son tour dans ses bras quand l’adolescent réussit à se dégager de l’emprise de sa petite soeur. Il tourna les talons aussi sec en répliquant :

“Tu as perdu deux cent dollars.

_ Quoi ? Comment ça ?”

La petite fille, ayant eu son avoir en câlin, retourna s’amuser au soleil, près de la piscine. Son père en revanche refusa d’abandonner la partie, restant quelques seconde incrédule, le cigare pendouillant dangereusement vers le luxueux tapis à ses pieds. Écrasant le moignon de tabac sur la première chose qu’il eut sous la main, une photo de ses beaux-parents, il s’élança d’un pas furieux à la suite de son fils, prenant les murs impartiaux à témoin :

“Mais qu’est-ce qui ne va pas chez lui ?”

Puis, s’arrêtant essoufflé au palier du premier étage, il cria entre deux pertes de souffles :

“Qu’est-ce qui n’allait pas ? C’était pas ton style ?”

Son fils s’arrêta net, un pied entre deux marches. Il reformula intérieurement plusieurs fois ce qu’il voulu dire, s’embrouillant dans les mots. Au bout de quelques secondes il appuya le bout de ses doigts contre ses yeux fermés, refoulant au mieux la rage qui l’animait :

“Lâche moi les baskets, d’accords ? Tu veux que je te dise : elle était superbe. Et c’est ça le problème ! Tu pourris tout avec ton fric, avec ton haleine qui sent l’argent crade à plein nez. Laisse-moi respirer, tu peux faire ça ?”

Et claquant une porte de l’étage supérieur il mit le plus de distance possible entre lui et son père. Passant par le sauna, il croisa un homme seulement vêtu d’une serviette de bain, allongé sur une table à UV. Le poids des années se reflétait dans une myriade de reflets bleus tout autour de la pièce. Les rides de la peau donnaient des vagues aux ombres. Sans trop s'approcher de lui on pouvait apercevoir un trou dans la nuque, de la taille de la balle que l’on avait dû extraire pour lui sauver la vie des dizaines d’année plus tôt. Une masseuse se tenait à ses côtés, complètement nue et parfaitement liftée. Elle était à peine plus âgée que Lorenzo. L’adolescent détourna automatiquement son regard et passa son chemin, lançant un bref salut dont l’écho fut étouffé par le ronronnement des machines sophistiquées.

“Salut papy.

_ Salve, Lorenzo. Fais gaffe à ton père, il est sur les rails en ce moment.

_ C’est quoi cette fois ?

_ C’est même pas lui. Je sais pas quel neurone a flanché sur ce coup-là, mais on lui a sucré toute une cargaison d’arme à feu. Du gros calibre apparemment. Il cherche un pigeon pour aller les récupérer. Forcément, comment tu veux qu’il en trouve ? Mama mia, qu’est-ce que j’ai fait pour qu’il ai la maledizione. Il a un broyeur à la place des mains, c’est pas possible...”

Lorenzo hocha la tête, se mordant les lèvres. Puis il quitta la pièce.

Par DesLyres - Publié dans : Archives Florent
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Jeudi 31 janvier 2008



Anna sourit le plus gentiment qu’elle peut :

_ Tu sais, tu avais raison, elles m’ont bien soignée.

_ Tatie Yanelle ne vous a pas dit des trucs trop bizarres, hein ?

« A part mon vrai prénom et le fait que je ne sais pas quel calibre m’a blessée, non, rien » pense Anna qui préfère garder ça pour elle. Le silence s’installe et visiblement c’est à elle de le rompre. Elle réfléchit, il ne faut pas parler d’elle – Rosita n’a pas à savoir à propos de l’argent ni des gens qui lui courent après – sans pour autant poser des questions gênantes sur cette famille. Elle commence alors à feuilleter certains magazines.

_ C’est drôle, je ne t’aurais pas imaginée en train de lire ce genre de choses.

_ Je ne lis pas que ça. C’est juste... pour voir. Les filles de mon âge. Les filles normales, je veux dire. Je regarde à quoi ça ressemble.

_ Tu es une fille normale, toi aussi ! Beaucoup plus normale que ces espèces de starlettes !

Rosita lui sourit de toutes ses dents – pointues, les dents, et un peu trop nombreuses ; non, sans doute plus grosses que la moyenne, c’est tout. Elle dit :

_ C’est gentil. C’est juste que… quand je les regarde, ou quand je vais sur internet, j’ai l’impression qu’on n’est pas de la même espèce. Ça me rend triste.

Anna ne sait absolument pas quoi dire. Elle n’y peut rien si Rosita vit dans cette maison loin de tout, dans une famille bizarre et effrayante, et si elle-même est assez spéciale – difficile de dire en quoi exactement, pourtant aucun doute, elle est spéciale. Anna ne voit pas comment la consoler alors qu’elle vient de se confier à elle si naturellement. Elle se dit qu’elle ne mérite pas une telle confiance. Après tout, elle n’a jamais connu ce genre de sensation – elle était parfaitement intégrée, et même plutôt populaire, quand elle était au lycée. Alors maladroitement elle prend Rosita dans ses bras – difficile, la jeune fille a une plus grande carrure qu’elle – et lui caresse les cheveux tout en lui disant que ce n’est rien, qu’elle va grandir et devenir une femme très bien, qu’elle n’a rien à envier à ces filles soi-disant ‘normales’, que l’herbe a toujours l’air plus verte à coté… Bref, le genre de bêtises qu’on peut sortir dans ces moments-là. Anna s’étonne même d’arriver à se préoccuper, sincèrement qui plus est, d’une presque parfaite inconnue, alors qu’elle-même…

Justement. Se préoccuper d’une inconnue, c’est très bien. Ça l’empêche de s’angoisser sur l’avenir qui l’attend si – ce qui est plus que probable – elle est rattrapée par les autres. La perspective d’être tuée ou pire encore la pétrifie. Et elle ne peut rien y faire. Elle est bloquée ici. Autant s’occuper des problèmes des autres. Puisqu’elle ne peut rien… Rien…

Au bout d’un moment elle réalise qu’elle répète « on n’y peut rien… rien… » et que les larmes ne sont pas loin. Pas terrible comme consolation. Ni comme discussion légère pour passer le temps. Anna se sent comme une naufragée et elle a bien l’impression que Rosita en est une aussi.

Brusquement l’adolescente se lève en criant :

_ Il faut que je prépare le dîner !

Anna tente de plaisanter pour masquer sa surprise :

_ C’est sûr qu’il vaut mieux ne pas laisser tes tantes aux fourneaux…

Rosita éclate de rire – et elle a vraiment des dents trop grandes et trop pointues, en même temps ses yeux pétillent et elle est irrésistiblement sympathique. Puis elle hésite, farfouille quelques minutes dans ses affaires et en sors un livre qu’elle tend à Anna :

_ Ça vous fera passer le temps en attendant de manger.

_ Merci.

_ Vous voulez rester dans ma chambre ? Vous pouvez aller au salon aussi, Edmond vous jouera quelque chose, ça lui fera plaisir.

_ Heu, non, ça ira. Je vais aller lire dans ma chambre. »

Rosita la salue d’un dernier signe de tête et sort. Anna regarde le titre du livre. Les Enfants de la Nuit. Il a l’air vieux. Et pas très gai. Pourquoi Rosita l’a-t-elle choisi ?

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Jeudi 31 janvier 2008
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Jeudi 31 janvier 2008



Cloîtrée au dernier étage, dans un grenier terriblement encombré, je commençais à suffoquer au milieu de toute la poussière que je retournais depuis des heures quand une voix familière et salvatrice se fit entendre depuis le jardin :

« Gabrielle, tu peux descendre ? Tout le monde est arrivé, il ne manque que toi ! »

Les choses sérieuses allaient pouvoir commencer ! Je laissais tomber ma dernière trouvaille, une ancienne couronne de princesse, ou autre reine de bal passablement démodée, pour dévaler les trois étages qui me séparaient de la terre ferme, faisant un bref arrêt devant le vieux miroir de l’entrée afin de me recoiffer et de tapoter la poussière accumulée sur mes vêtements, pour enfin sortir sur la terrasse où la lumière aveuglante du soleil me fit perdre mes repères quelques instant.
Petit à petit mes yeux reconnurent les personnes présentes, et en effet il ne manquait plus que moi.
Mon fiancé cala une coupe de champagne Fleury dans ma main gauche et leva son verre pour entamer un discours. Je l’avais prévenu que ça aurait sûrement l’air trop solennelle mais il avait tenu à dire quelques mots pour l’occasion. Il remercia donc rapidement tous nos amis les plus proches d’être venu nous aider à retaper cette vieille bâtisse que nous venions d’acquérir, en rappelant bien sûr qu’ils seraient gracieusement hébergés, blanchis et nourris durant toute la durée des travaux.

Le projet avait pris forme il y a de ça six mois maintenant. Nous venions d’officialiser nos fiançailles quand Jérôme eut une promotion, nous permettant d’investir dans l’immobilier et de nous offrir la maison de nos rêves. Il nous fallut quatre mois pour la dénicher mais aujourd’hui elle s’imposait de toute sa grandeur au milieu d’un vaste terrain, et elle était à nous.
C’était une maison assez simple dans sa construction, puisqu’il s’agissait d’une ancienne ferme ayant déjà été réaménagé en habitation traditionnelle. Ses lourds murs de pierres s’élevaient sur trois niveaux, et étaient recouverts d’une vigne vierge remarquablement vivace. De grandes et imposantes fenêtres perçaient la façade principale, laissant deviner de vastes et nombreuses pièces à chaque étage.
Bien sûr elle n’était plus habitée depuis près d’un demi siècle, désertée après la guerre et passagèrement oubliée des héritiers, il allait donc falloir entreprendre un certain nombre de travaux et de réaménagement avant de pouvoir s’y installer convenablement.
Et c’est à ce moment de l’histoire qu’une main secourable, ou plutôt une dizaine de mains, se sont proposées pour nous venir en aide et ainsi éviter les habituels problèmes de présence des ouvriers et de respect des délais imposés.

Ils étaient là, sur notre nouvelle terrasse, cinq hommes assez forts et motivés pour réaliser le travail de dix ouvriers, cinq amis de longue date avec lesquels nous avions toujours tout partagé. Et ils étaient près à attaquer les travaux dès que possible, c'est-à-dire dès que les bouteilles de champagne seraient vidées, le repas consommé et la sieste achevée, élément essentiel à une bonne digestion et un travail productif.

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Jeudi 31 janvier 2008



Sous ce soleil d’août la chaleur était écrasante mais malgré cela «mes hommes » consacrèrent l’après-midi à déblayer la cour tandis que je leur préparais deux agréables chambres pour les semaines à venir ainsi que de l’excellente citronnade en guise de rafraîchissement. Elle avait certes un léger goût de vodka, vraiment léger, mais aucun d’eux ne sembla y trouver un inconvénient.

Et c’est donc un peu ivre, ou simplement joyeux que nous commençâmes la soirée autour d’un énorme barbecue, sous un ciel étoilé et sans lune. Je m’étais préparer à devoir satisfaire leur appétit féroce d’hommes épuisés par le travail mais je compris vite que s’ils dévorèrent tout ce que je leur servi c’était surtout par gourmandise. Ils savaient apprécier les plaisirs d’un bon repas préparer avec amour, et partager entre amis.

Je ris beaucoup ce soir-là, le repas était fabuleux la nature calme, et ma joie de vivre à son comble. Jérôme vantait inlassablement mes mérites, me faisant rougir de plaisir, et le vin ajoutait à mon euphorie. D’ailleurs du vin il n’y en avait plus sur la table et je trouvais ça inacceptable !

« Je vais chercher à boire, du vin italien ça vous ira ? De toute façon c’est moi qui choisi !!! »

Je pénétrais donc dans la fraîcheur revigorante de la cuisine, loin du brouhaha de la terrasse. Même seule dans la pénombre j’arborais un sourire rayonnant, comblée par cette première journée de travaux entre amis. Je m’emparais lestement d’une bouteille de Chianti et me retournais en direction de la porte vitrée.

« Salut !

- Etienne ! Tu m’as fait peur ! Que faisais-tu dans le noir, derrière moi ?

- Je voulais pas… c’est juste que… merci Gaby, c’était vraiment une bonne journée, et tu t’occupes bien de moi, enfin de nous.

- Euh, merci, mais c’est moi qui vous remercie, vous faites du bon boulot ! C’est la moindre des choses que je vous accueille correctement ! Et puis on est potes ! Et les potes c’est fait pour ça !

- Ouais, c’est vrai que ça fait un bail qu’on se connaît maintenant ! C’est pour ça que je voulais…

Etienne avait l’air agité, nerveux, et je commençais à m’impatienter. L’effet du vin c’était un peu trop dissiper à mon goût et j’avais hâte de sortir ouvrir ma fameuse bouteille. J’esquissais donc un pas vers la sortie mais Etienne repris :

- Gaby ! Je voulais juste te donner ça, pour toi, pour te faire plaisir… allez, prends-le ! C’est pas grand-chose tu sais…

Et en effet ça n’était pas grand-chose ! Enfin pas de quoi se mettre dans cet état.

- Merci… amène la bouteille dehors, je vais aller ranger ça !

Je lui donnais le vin et me dirigeai vers les escaliers.

- Juste une chose…

- Oui Etienne ?

- Evite de le dire à Jérôme, tu sais comme il est jaloux, pour un rien et avec n’importe qui !

- Euh, oui, pas de soucis !

Je montais rapidement dans ma chambre pour déposer le disque sur la commode, pendant qu’au loin se fit entendre le doux bruit d’une bouteille débouchée.

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Vendredi 1 février 2008



Journal de Jonathan Grave (5)


Je suis génial. Ce n’est pas très modeste dit comme ça c’est sûr cependant, les faits sont là et je suis réellement génial. Sans m’en douter au préalable j’ai fait d’une pierre deux coups. En lisant le journal ce matin, j’ai lu l’article sur la mort de Sally. Celui-ci donnant bien sûr les informations dont disposaient les journalistes et la police, c'est-à-dire très peu, en réalité il annonçait surtout « effondré par la mort de sa fille adorée, le père de cette dernière, Arty Poodle, s’est donné la mort cette nuit à son domicile. ». Comme je l’ai dit, d’une pierre deux coups. C’est Debby qui est venu me l’annoncer ce matin. Elle a déboulé comme une furie dans ma chambre en me tendant le journal et me criant « bien joué Jo !!! ». Décidément j’adore ma sœur.

Le seul hic c’est que mon père a l’air de se douter de quelque chose. Ce matin, il m’a demandé si Sally n’était pas la personne que j’avais projeté de suicider puis il m’a rappelé que nous ne devions pas être des assassins, que nous devions juste donner éventuellement un coup de pouce au destin. Ce n’est pas grave, il finira par comprendre et je suis sûr qu’il finira par adhérer à mon point de vue car c’est le plus rentable pour faire prospérer notre commerce.


Commissariat de R***


En ce dimanche matin, les seuls personnes présentent dans le commissariat de R*** sont le sheriff, Brown et la standardiste de garde. Les deux premiers tentent de tirer quelque chose du rapport d’autopsie et des premières conclusions de la police scientifique. Et fort est des constater qu’il n’y a que peu de chose à en tirer. Comme l’avait prédit dès le départ le médecin légiste, la jeune fille était morte vers 16h30. On lui avait tranchée la gorge néanmoins, elle ne s’était pas débattue et n’avais pas essayé de s’enfuir. Cela suffisait-il à conclure quel connaissait son agresseur ? Non assurément, il pouvait s’agir de n’importe qui qui l’aurait abordé puis aurait agit très vite. Ce qui intriguait en revanche le médecin légiste c’est l’arme du crime : un objet très tranchant, plus que la plupart des couteaux ordinaires. Peut-être un couteau de boucher ou un rasoir. En tout cas, pas une arme ordinaire de truands. Le premier rapport de la police scientifique n’était pas plus encourageant. Les empreintes de pas étaient inutilisables car il avait fait très sec et tous les curieux avaient de plus complètement fausser la « lecture » de la scène. Enfin, les premiers témoignages n’avaient rien donnés. Les abords du terrain vague n’étaient pas très fréquentés et les gens qui étaient passés entre 16h et 17h n’avaient rien remarqué de même que les gens qui avaient vu Sally rentrer du lycée. Le seul fait « intéressant » de la nuit avait été le suicide du père de Sally. Encore que, si dans certain cas les suicides équivalaient à des aveux, dans ce cas présent c’était plutôt la suite logique des événements et si les policier avaient une certitude, c’est que « Arty » n’avait pas pu jouer la comédie la veille au soir.

Par DesLyres - Publié dans : Archives Camille
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Samedi 2 février 2008



Puisqu’elle n’a rien de mieux à faire pour passer le temps, Anna feuillette le livre dans sa chambre, après avoir bien sûr vérifié que l’argent est toujours là. Ce n’est pas un roman. Ce livre contient uniquement des descriptions rappelant un bouquin d’ornithologie : il y a là les apparences physiques des sujets, leur mode de vie, leur points faibles, leurs points forts, comment les attirer et comment s’en protéger. Mais il ne s’agit pas d’oiseaux. Il s’agit de monstres.

Vampires, loups-garous, sorcières, démons, zombies et autres créatures ignorées à tord du cinéma d’épouvante, tous décrits avec le plus grand sérieux comme si leur existence n’était même pas à remettre en question – l’auteur ne s’est d’ailleurs pas donné la peine d’essayer de la prouver. En temps ordinaire Anna aurait vraiment trouvé ça drôle et elle ne peut s’empêcher de penser à Cristal, de s’imaginer en train de lui en lire des passages tandis qu’elle la supplierait d’arrêter, les yeux brillants de plaisir interdits – Cristal était une fille trop sage qui s’interdisait beaucoup trop de choses et adorait qu’on la fasse frissonner. Elle aurait été passionnée par ce descriptif farfelu. Anna continue à lire, un peu par-ci, un peu par-là, et tombe dans le chapitre concernant les zombies sur une phrase : « L’esprit ne peut être rappelé que dans son propre corps mort ; on ne peut pas ranimer dans un cadavre l’esprit de quelqu’un qui n’y a pas vécu. » Cette phrase n’aurait rien de spécial au milieu du reste des élucubrations si on ne l’avait pas soigneusement soulignée au crayon avant d’ajouter sur le coté : non, ça c’est faux. « Ça » c’est faux ? Parce que tout le reste serait vrai ?

Ce qui empêche Anna de trouver ce petit livre drôle, ce n’est pas seulement le fait qu’elle n’ait franchement pas le cœur à rire en ce moment. C’est surtout l’ambiance angoissante de cette maison qui lui tape sur les nerfs. Rien ne va. Tout est trop… décalé. Anna n’a jamais été du genre à se faire des films et c’est tant mieux. Si elle, la terre-à-terre, se met à angoisser à propos d’une somme de petits faits dérangeants, alors une personne plus imaginative se serait déjà sauvée à toutes jambes depuis belle lurette.

Elle sursaute en entendant une voix d’enfant :

« C’est l’heure de manger madame ! dit Edmond qui est planté là devant elle sans qu’elle ai entendu la porte s’ouvrir. Vous voulez venir ?

_ Hein ? Heu, oui, d’accord… tu pourras me guider ?

_ Descendez l’escalier. C’est maintenant.

_ Oui, j’arrive… »

Anna pose son livre. Lorsqu’elle se retourne, Edmond a disparu et cette fois non plus elle n’a pas entendu la porte. Non, cette maison – et ces gens ! – n’incitent vraiment pas à apprécier des lectures comme Les Enfants de la Nuit. Mais son estomac crie famine, donc elle vient. De toute façon, ça ne sert à rien de s’enfermer : Will peut entrer quand il le désire avec ses revolvers. Anna se change rapidement – même si aucun pull, même le plus protecteur, ne pourra effacer la honte que ce type malade l’ai vue presque nue – et constate au passage que ses blessures cicatrisent vraiment bien. Tant mieux. Elle dévale l’escalier et atterrit presque dans les bras de Will qui a passé un vrai costume pour l’occasion, même s’il a gardé autour des hanches sa ceinture et tout son arsenal. Il la prend par le bras en imitant – mal – un gentleman et la guide jusqu’à la salle à manger.

Tout le monde est déjà installé autour de la lourde table de bois noir. Leur pose, combinée au décor et à leurs vêtements contrastés, rappelle irrésistiblement la Famille Adams. « S’ils se mettent à claquer des doigts, pense Anna, je vais exploser de rire ». Mais on la fait asseoir très sérieusement avant de lui présenter encore deux personnes qu’elle n’avait pas rencontrées – la taille de cette famille parait vraiment infinie. La première est une ravissante jeune femme que tout le monde appelle Mémé, et qui visiblement n’a pas toute sa tête (« Elle est complètement gâteuse » murmure Will à Anna) puisqu’elle parle d’aller cueillir des roses à la mer dès le lendemain. Après quoi elle s’obstine à appeler Rosita Maria et à la prendre pour sa nounou.

Par DesLyres - Publié dans : Archives Luma
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Samedi 2 février 2008



Les journées suivantes se déroulèrent toutes de façon similaire. Nous mangions et buvions beaucoup mais jamais trop. Nous avions adopté un bon rythme de travail et les rénovations entreprises avançaient assez vite, toujours dans la joie et la bonne humeur.

Nous passions de longues soirées à discuter dehors, parfois auprès d’un feu, à regarder la voûte céleste en se remémorant le passé ou bien en imaginant notre futur. Nous étions jeunes, en vacances, un groupe d’ami réuni autour d’un projet, tout était parfait.

Les hommes s’occupaient des travaux les plus importants, alors que je passais de longues journées à ranger, nettoyer et aménager la maison. Je m’occupais des chambres, des courses et des repas, alors qu’ils refaisaient les carrelages, les peintures et l’électricité.

Je passais également du temps à vider le grenier rempli par les générations précédentes. Il contenait une accumulation impressionnante de meubles, d’objets, et de souvenirs des époques passées et je devais faire un tri. J’étais pressée de rendre la maison la plus agréable possible mais ma curiosité l’emportait bien souvent lorsque je tombais sur des malles remplies d’objet personnels, d’albums photos et de vêtements rappelant des temps oubliés. J’aimais par-dessus tout les petits coffrets contenant les objets chers à une personne. Je devinais facilement si le propriétaire avait été une femme, un homme ou même un enfant. Mais je me demandais toujours si ses trésors étaient restés ici après un départ ou un décès trop soudain.

J’entendis appeler au loin, et la voix me fit sortir de ma torpeur.

- Gabrielle, tu veux qu’on te monte un truc à boire ? Tu dois étouffer là dessous ! Un peu de citronnade ?

- Oui avec plaisir ! Merci mon amour !

Il pensait toujours à moi, à mon confort, même quand il avait bien assez à faire de son coté et c’est une chose fort agréable lorsqu’une femme passe ses journées entourée uniquement d’hommes célibataires (pour ne pas dire « vieux garçons) !

Je me remis à fouiner autour de moi en attendant d’être ravitaillée, et c’est par hasard que mon pied heurta une petite boite métallique, extrêmement légère et dans un état tel qu’elle laissait penser que les décennies avait glissées sur elle sans la meurtrir.

Elle était claire et lisse, presque comme un miroir mais rien ne semblait vouloir s’y refléter. Comme une anonyme, elle ne portait pas de gravure, ni d’ornementation, elle semblait vierge de tout contact. Et pourtant elle n’était pas vide, je pouvais deviner assez aisément qu’elle contenait quelque chose, de personnel très probablement…

Je l’ouvris délicatement pour découvrir des objets très hétéroclites rangés avec soin, arrangés de manière à ne laisser presque aucun espace vide. Il y avait sur le dessus un foulard, sûrement en soie sauvage, plié soigneusement afin de protéger le reste du contenu de la boite. L’étoffe précieuse recouvrait trois petites plaques emballées dans du papier journal. Il s’agissait en réalité de trois gravures, représentant trois personnes, sûrement les membres d’une même famille. Les gravures étaient incroyablement précises, et je doutais fortement qu’elles puissent avoir été abandonné sciemment. Venait ensuite une plume d’oie magnifique et un encrier en cristal encore empli d’un liquide noirâtre. Mais j’étais surtout intrigué par l’objet dissimulé au fond de la boite. Il s’agissait d’un petit boîtier en bois très finement sculpté dont le contenu me surpris et me mis quelque peu mal à l’aise. Un rasoir. Un magnifique rasoir en argent gravé au initial de son propriétaire, un mystérieux P.J...

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Samedi 2 février 2008



« - C’est quoi ce truc ?
- Putain Etienne c’est une manie chez toi d’apparaître n’importe où sans prévenir !!!

Par surprise j’avais lâché la boite, éparpillant son contenu sur le plancher. Je ramassais donc les quelques objets pour les remettre en place quand Etienne m’interrompit.

- Tiens, ta citronnade, c’est bien ce que tu voulais non ?
- Ah, merci… c’est gentil de me l’avoir monté ici…
- Ben c’est normal, d’habitude c’est tout le temps toi qui t’occupes de nous, alors pour une fois c’est moi qui vais m’occuper de toi !

Il me regardait avec insistance, comme s’il attendait que je réponde quelque chose à sa question imaginaire. Mais il se chargea de combler le silence qui devenait pesant.

- Tu as écouté mon disque ? Oh, non, excuse moi, tu n’as peut-être pas eu le temps… Je préférerais d’ailleurs que tu profites de la musique un jour où tu seras plus tranquille, genre seule dans ton lit…
- Oui bien sur, c’est ce que je voulais faire !

J’avais complètement oublié cette histoire de disque.

- Alors ? C’est quoi le truc que t’as déniché ?
- Des objets de valeur apparemment, il y a même un rasoir en argent, bizarre non ?
- Trop cool ! Fais voir s’il te plait !

Je lui tendis l’étui en bois et buvais une gorgée du délice citronné pendant qu’il s’extasiait devant l’objet tranchant. Il avait l’air fasciné et je ne sais trop pour quelle raison, sûrement pour pouvoir passer à autre chose, je me suis entendue lui proposer de le garder pour lui.

- T’es sérieuse ? Enorme !!! Mais c’est à toi, c’est ta maison, t’es sûr que tu veux me le donner ?
- Oui, prends-le, ça me fait plaisir ! Et puis ça fera pour le disque ! Les bons comptes font les bons amis !
Nous sommes redescendus ensemble dans le salon pour rejoindre les autres qui nous attendaient autour d’un copieux buffet et nous avons entamé les festivités. Comme tous les soirs nous n’avions rien de particulier à fêter, mais nous célébrions simplement le bonheur de vivre.
Jérôme semblait combler, au milieu de ses amis d’enfance, dans sa nouvelle demeure, auprès de sa future femme. Et je partageais son enthousiasme ! Je m’inquiétais un peu du comportement étrange d’Etienne mais je ne le blâmais pas. Nous savions qu’il avait eu un début d’année difficile suite au suicide de sa petite amie et nous excusions donc très facilement, un peu trop peut-être, ses problèmes de boisson et ses nouvelles lubies. Et puis ici il semblait plutôt serein, et moins enclin à boire, alors finalement ça n’était pas si grave, il pouvait bien m’offrir un disque en échange d’un vieux rasoir.

Par DesLyres - Publié dans : Archives La Méli-Mélo
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Samedi 2 février 2008



Leur seul autre espoir était l’interrogatoire des élèves de la classe de Sally. Les policiers n’espéraient pas en tirer grand-chose mais c’était leur dernière chance. Seulement, il leur faudrait attendre le lundi matin car c’était à ce moment là que les élèves allaient être tous réunis. D’ici là, comme ils ne pouvaient plus faire grand-chose, Alistair renvoya Brown chez lui en lui enjoignant de se reposer. Le sheriff, lui, alla à la morgue demander au légiste si la famille pouvait disposer des corps. Celui-ci ayant répondu par l’affirmative, Alistair appela alors la tante de Sally, la sœur de son père, Patricia Turner. Cette dernière était la femme d’un riche avocat dont le sheriff avait déjà entendu vaguement parlé. Il lui expliqua qu’elle pouvait disposer des corps et que, si elle ne le souhaitait pas, la mairie de R** s’en chargerait. Cette seule évocation du fait qu’elle pourrait abandonner sa famille la fit sortir de ses gongs et il eut toutes les peines du monde à lui expliquer qu’il ne faisait que suivre la procédure. Lorsqu’elle se fut enfin calmée, elle demanda au sheriff où en était l’enquête et celui-ci fut forcé de lui avouer que pour l’instant il faisait choux blanc. Après avoir glissé une remarque sous entendant que décidément, les fonctionnaires étaient tous des incapables, « Patty » annonça au Sheriff qu’elle serait à R*** le lendemain dans la matinée et qu’elle prendrait, ou plutôt que son mari prendrait se dit le sheriff, en charge les obsèques de son pauvre frère et de sa nièce.


Journal de Jonathan Grave (6)

Ce dimanche avec Deb, on s’est regardé Tueurs nés d’Oliver Stone et nous sommes tombés d’accord sur deux points : d’abord même s’il est un peu invraisemblable c’est un bon film et ensuite et surtout sur le fait que ce serait génial que Mickey et Mallory fasse un détour par R***. Entre 2 et 15 cadavres en 1 nuit, le bonheur. Papa serait comblé. L’idéal serait même qu’il repasse par R*** plusieurs fois.

A part ça, ce dimanche a été plutôt calme : lever à 11h, suivi du sacro-saint repas dominical avec grand-mère Olivia puis film. Grand-mère Olivia est la mère de papa et elle vit avec nous depuis la mort de papy Daniel. Elle n’a pas manqué de souligner que, pour nous, l’assassinat de Sally suivi du suicide d’Arty était une bénédiction ce à quoi mon père répliqua que si c’était bien pour les affaires, on ne pouvait quand même pas parler de bénédiction. « Mais c’était des ratés de toute façon s’exclama ma grand-mère, c’est pas comme si Charlton Heston était mort. Lui ce serait une grande perte ». Décidément elle est vraiment sensationnelle ma grand-mère. Ma mère n’a pu s’empêcher de sourire et mon père, lui, se contenta de soupirer. Avant d’ajouter « Et puis ce n’est même pas sûr qu’ils fassent appel à nous pour leurs obsèques ». Ca n’était pas faux théoriquement. Mais il était peu probable tout de même qu’ils aillent ailleurs vu que nous étions la seule entreprise de pompes funèbres dans un rayon de 35 km. Pour ma part, j’avais d’autres préoccupations. En effet, le quartier où avaient vécu Sally et son père respirait la misère. Et qui dit misère, dit malheur et qui dit malheur dit candidats au suicide et donc, clients potentiels. Il me fallait maintenant trouver une nouvelle cible. J’en frémissais d’avance.

Par DesLyres - Publié dans : Archives Camille
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