Les jours suivant se passèrent sans incident, sans écart de conduite d’Etienne et sans paroles déplaisantes de Jérôme. Au contraire, ils se comportaient tous les deux comme de parfaits gentlemen,
et même si j’avais trouvé ça étrange le premier jour, mes craintes et mes angoisses s’étaient peu à peu effacées, comme un mauvais rêve qu’on oubli avec le temps.
Au vendredi de la deuxième semaine de travaux nous avions pratiquement fini l’intérieur de la maison, seule une des trois salles de bain n’était pas « opérationnelle » mais c’était bien
sûr sans importance. J’avais à présent une magnifique cuisine et un immense salon, je ne pouvais que m’en réjouir !
Il était 19h et nous avions pris la sage décision de « tester » le nouveau mobilier du bar, prenant chacun un tabouret et une flûte de champagne. Cette fois-ci nous avions un prétexte,
nous fêtions la fin de la première étape des travaux, en attendant de commencer les réaménagements extérieurs tels que la terrasse, la grange-garage mais surtout la piscine.
La soirée continua au salon, où nous dégustâmes de succulentes pizzas mal accompagnées de champagne, le tout devant un film incontournable. C’est l’histoire d’un type qui en a marre de sa petite
vie bien rangée et qui en vient à ce créer un ami imaginaire l’entraînant dans une nouvelle existence très particulière, sur fond de révolution sociale. Après ça les garçons voulurent regarder
300 mais j’avais déjà du mal à garder les yeux ouverts, je décidais donc de monter me coucher.
J’émerge d’une longue torpeur. Je sens le contact froid du métal sous mon corps. Je suis allongée sur une table d’opération chirurgicale, comme on en trouve chez les vétérinaires. J’esquisse
un mouvement pour me lever mais mes mains sont entravées par un lien très serré. A tâtons je cherche quelque chose de tranchant et mes mains se blessent sur un objet. Je coupe la corde avec le
rasoir déjà maculé de sang. De qui est-ce le sang ? Je m’assieds au bord de la table. Je ne porte qu’une fine culotte noire. Où sont passés mes vêtements ? Je regarde autour de moi,
puis en face de moi et je découvre le visage atrocement mutilé d’une jeune fille, apparemment entaillé par de violents coups de lame. Je sursaute. La jeune fille en face n’est autre que mon
reflet dans un miroir. Un long mur réfléchissant comme dans une salle d’interrogatoire. M’observe-t-on de l’autre côté ? Peu importe, je dois sortir de là !
J’ouvre la porte. Un homme est là. Une phrase sort de sa bouche tordue en un rictus terrifiant. « J’avais envie de démolir quelque chose de beau ».
« -Gaby, Gaby qu’est-ce qu’il se passe ? Qu’est-ce que tu as ? Réponds-moi !
Abasourdie je découvris autour de moi le décor familier de ma chambre. J’étais dans mon lit, auprès d’un Jérôme paniqué de m’avoir entendu crier dans mon sommeil.
J’étais trempée de sueur et mon cœur battait à tout rompre. Je mis quelque minute pour me calmer et ne trouvais rien d’autre à répondre à Jérôme qu’un banal :
- ça m’apprendra à regarder Fight Club avec vous avant de dormir… »
Je n’avais pas pu raconter mon cauchemar à Jérôme, même s’il m’avait bouleversé, je m’étais ensuite sentie un peu ridicule. Mon imagination travaillait la nuit pour mieux me faire angoisser la
journée. Je restais longtemps hantée par le sourire morbide d’un Etienne psychopathe s’amusant à me défigurer dans mes égarements oniriques.
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