Mardi 11 octobre 2011 2 11 /10 /Oct /2011 23:56

 

Le malaise revint à la charge, pliant les soldats sur eux-mêmes. La bête posa le museau à terre, gémissante. Les volutes violacées étaient agitées d'un orage intérieur violent. Maître Forthin, relevant la tête, ayant envie de vomir toutes les entrailles de son corps, se mit à s'approcher du phénomène, alors que les trois autres rebroussaient chemin. L'épée droite, serrant les doigts, il s'apprêtait à frapper à la moindre menace. Mais la bête reculait, laissant place à la tempête en suspension. Il devenait évident que tout tournait autour de cette émanation.

« Elle ne peut pas prendre forme. Ça réussit à nous foutre en l'air, mais c'est incapable d'être autre chose que... cet espèce d'amas en l'air. »

Les trois autres soldats s'arrêtèrent. Plus ils s'en éloignaient, moins la pression s'abattaient sur eux. Et leur compagnon se dressait seul face à la manifestation flottante. Il voulut s'en approcher encore plus près, testant la texture que cela pouvait avoir. Une pique fulgurante descendit d'un point en hauteur dans l'ectoplasme. D'un bleu de nuit dense, acérée comme une arme animale, teintée par le sang de l'humain qui s'était approché trop près. La pique le traversait de part en part. Des soubresauts le vidait de sa vie, ne laissant qu'une carcasse humaine inerte. La pique se retira, le corps s'effondra et le sang s'épancha peu à peu sur le sol.

Les trois soldats avaient assisté impuissants à la mort de leur coéquipier. Un hurlement retentit, les forçant à se recroqueviller et à se boucher les oreilles. Les volutes violacées se projetèrent en avant et un visage tenta de se dessiner. Une figure hurlante qui envoya toute sa rage au travers de la brume, incapable d'aller plus loin et d'embrocher les autres guerriers.

« Comme maître Forthin disait, elle semble piégée dans... cette fumée... et elle ne peut en sortir...

_ Sauf si on quelqu'un vient se jeter dans sa gueule... c'est ce que disait le petit garde du village... »

La guerrière avait dû mal à déglutir. D'autant que la bête s'était remise debout, tous crocs dehors.

 

Luvian revint de sa ronde. Les créatures s'étaient dispersées dans les plaines. Il n'en restait qu'une poignée encore aux portes du village. Bientôt elles suivraient le groupe et les champs seraient de nouveau sûrs, jusqu'à ce que le calme de ces terres soit à nouveau perturbé.

Le colosse avait changé de place, mais lui aussi scrutait l'horizon. Luvian avait essayé d'engager la conversation mais il était difficile de tirer un mot de cette immense masse de muscle. Alors qu'il allait abandonner, il entendit la voix rocailleuse le prévenir :

« Meïlya, c'est pas l'or qui l'intéresse.

_ Pardon.

_ Notre chef, Meïlya, ce n'est pas le trésor fabuleux de cette foutue compagnie qui l'intéresse. C'est quelque chose de bien plus ancrée dans la légende. Elle croit que leur fortune était due à un artefact qu'ils transportaient avec eux. C'est de ça qu'elle rêve la nuit. C'est pour ça que ses yeux brillent quand elle en parle. Et elle tuera n'importe qui pour l'avoir.

_ Comment vous... ?

_ Comme je sais tout ça ? Vous la regardez pareil que moi, droit dans les yeux. Et vous voyez ce que valent les autres. Prenez soin d'Evaïn, le mit-il en garde avant de préciser : la mage. »

Sur ses mots il se tourna vers l'horizon, guettant les créatures. Luvian ne sut quoi dire. Il respecta le vœu du colosse et le laissa tranquille, retournant à la demeure où la mage devant encore se reposer. Il la trouva debout sur le seuil, regardant d'un œil fiévreux les cieux, mal emmitouflée dans sa cape. Il s'approcha aussi vite qu'il put pour la sommer de rentrer et pouvoir prendre soin d'elle. Mais d'un mouvement brusque elle l'esquiva et l'envoya malencontreusement heurter le chambranle de la porte. Surpris par la force d'une si frêle femme convalescente, il eut du mal à se remettre debout.

« C'est là... Le démon. Il est partout dans ce village... »

Luvian eut un frisson. Toute la tranquillité qu'il avait su instaurer en ces lieux était révolue. Il devait à présent faire avec et protéger en priorité ceux qui étaient devenus les siens. Brutalement la mage le coinça sur le pas de la porte, plongeant ses yeux d'un bleu livide dans les siens :

« Qu'est-ce que vous avez fait de cet endroit ? C'est mauvais ! Mauvais ! »

Après lui avoir crier dessus, elle se précipita à travers le village, sous l’œil complaisant de certains adolescents. Elle était légèrement vêtue sous la cape flottant dans sa course. Luvian bondit à sa suite, la peur au ventre. Elle se dirigeait droit vers la maison toute en pierre de la guérisseuse.

Par DesLyres - Publié dans : Florent IX
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Mercredi 12 octobre 2011 3 12 /10 /Oct /2011 19:37

 

Luvian ne la rattrapa qu'une fois à l'intérieur de la demeure. Face à eux l'homme aux tatouages restait impassible, toujours assis en tailleur. Evaïn l'observait, concentrant ses pouvoirs pour percevoir la force qui se dégageait de cet être humain. Comme elle semblait redevenue calme, Luvian garda une courte distance, attendant un geste de sa part pour agir. Il s'en voulut lorsque un instrument en osier s'éleva dans les airs et partit s'écraser contre l'homme tatoué. Il se jeta sur la mage, mais les dégâts étaient déjà faits. Guettant une agitation extérieure, il vint en aide au villageois soudain éveillé et proscrit dans un coin. Une main sur sa blessure bénigne il ne cachait pas la souffrance qui l'animait au jour le jour au travers des tatouages. La mage s'approcha, sans hostilité manifeste. Elle passa un doigt sur l'une des lignes sinueuses ancrées dans sa chair.

« Le démon est là... Mais il ne peut rien faire... Depuis combien de temps cette magie tient-elle ? »

La sentinelle était prête à agir, malgré la peine que cela lui causerait. Il avait cru voir dans cette femme quelque chose d'intensément précieux. Mais le fait était qu'elle risquait de mettre en péril tout le village. Des coups sourds leurs parvinrent. Jetant un coup d’œil au dehors il comprit que cela venait de l'enceinte. Ne pouvant laisser la mage seule avec l'homme tatoué, il l'attrapa de force.

« Venez, vous avez assez fait de dégâts comme ça. »

Il l'entraîna dans le sens contraire, la ramenant à la place centrale, fustigeant du regard les enfants qui n'avaient su garder la porte de la maison de pierre. De nouveau près de l'enceinte, ils virent le colosse debout sur le chemin de ronde, donnant de solides coups de masse dans le vide. Luvian se précipita à ses côtés, escaladant lestement les escaliers et contemplant une vision d'horreur. Une dizaine de créatures prenaient le rempart d'assaut, entamant sérieusement leur défense. Elles plantaient leurs griffes et les mandibules dans le bois et arrachaient les poteaux par pans entiers. S'emparant d'une lance, Luvian vint à l'aide du colosse, repoussant un tant soit peu les assaillantes.

A l'horizon les créatures errantes avaient compris que le combat tournaient en leur faveur et accouraient pour participer à la curée. L'issue était sans espoir. La mage apparut aux côtés des deux défenseurs, contemplant l'ampleur des dégâts qu'elle avait causés. Elle avait dans sa main une poignée de terre, semblable de l'un ou l'autre côté du rempart. Elle visualisa sa consistance, remuant intérieurement les fondements terrestres qui les entouraient. Quand elle sentit que cette énergie lui répondait, elle écartela furieusement ses visions. Luvian et le colosse virent à une vingtaine de mètres plusieurs créatures s'effondrer dans de soudaines crevasses.

Puis, alors qu'un vent se levait, se glissant dans ses cheveux couleur de lune, elle envoya des rafales d'air heurter certaines créatures. Du sang jaillit, comme si elles venaient d'être frappées par une lame. Ces actions firent gagner un peu de temps aux deux défenseurs qui repoussèrent efficacement les créatures restantes. Mais l'horizon ne cessait de déverser de nouvelles silhouettes. Alors qu'un second assaut n'allait pas tarder à les atteindre, le glas du village retentit. Chaque villageois le ressentait à présent dans son corps, comme un coup violent mais apaisant les craintes. Les premières créatures à revenir à l'assaut se heurtèrent à la défense immuable de l'enceinte, ne pouvant plus rien contre elle.

Le colosse posa sa masse, le souffle rauque. Luvian prit appui sur sa lance pour reprendre son souffle. A ses côtés la mage ne regardait déjà plus le champ de bataille mais les montagnes derrière le village. Ses doigts s'agitaient à toute allure.

« Il faut y aller. Ils vont tous mourir. Vous ne pouvez pas les laisser en pâture à cette chose.

_ C'est sans moi, gronda le colosse.

_ Ils l'ont choisi. Je leur ai donné tous les avertissements possibles.

_ Alors à quoi ça sert, ça ? »

Elle pointa du doigt la maison de pierre où vivait l'homme tatoué. Luvian grimaça. Il était mis au pied du mur et devait se démener pour sauver ce qui pouvait l'être encore.

« Qui est-il pour toi ?

_ On est les deux seuls survivants de mon expédition. Il est tombé malade, comme toi. Et il a fini dans cet état. Je ne suis même pas sûr qu'il soit encore vivant. Mais son corps est encore hypersensible à la protection du village. »

La mage le regarda de haut, cherchant le vrai du faux. S'élançant, elle se dirigea à toute vitesse vers la demeure où elle était soignée. D'un angle de rue la guérisseuse surgit, lui barrant le passage.

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Jeudi 13 octobre 2011 4 13 /10 /Oct /2011 22:50

« Alors p’tite crevette, on pleurniche ?

Peu importe le nombre d’années écoulées depuis sa mort : Ginger ne change pas. Will lui fait son plus beau sourire et répond :

_ Salut, chef. Content de te voir.

_ Tu t’es encore mis dans la merde. Pourquoi tu continue à courir après les Choses de la Nuit ? Tu es libre maintenant.

_ C’est pour Rosita. Elle pense qu’il faut aider les humains qui ne sont pas capables de se défendre. Je ne peux pas la laisser toute seule.

Ginger hausse les épaules. C’est une Chasseuse, elle n’est pas capable de comprendre les gens comme Rosita. Quoi qu’il en soit, cette petite sœur est importante pour Will, qui est important pour elle.

_ La bestiole que tu cherches est au sous-sol, dans une espèce de cave. Il n’y a qu’une poignée de crétins fanatiques pour la protéger, ça devrait être tranquille. Par contre, tu n’arriveras pas à la tuer tout seul. Il faut qu’elle soit vulnérable et qu’elle ait perdu à son fichu jeu.

_ Rosita ne voudra pas jouer avec ça.

_ Elle va bien finir par le faire. Il faut qu’elle se débrouille pour gagner. Guette le bon moment : dès qu’il aura perdu, tu pourras le tuer. Pas avant. Pas après. Pigé ?

_ Pigé. Couteau ? Flèche ?

_ Ce que tu veux, du moment que c’est en fer.

_ Bien. Va aider Rosita, maintenant. »

Ginger accueille l’ordre avec un geste obscène et disparait. Will inspecte le sol. Au sous-sol et discrètement. Il y a forcément un moyen de se frayer un passage…

Il découpe dans la dalle du linoléum, puis fait pression sur les lattes de faux plancher jusqu’à créer un espace. Il y a de la place entre le faux plancher et le faux plafond, s’il rampe entre les poutrelles métalliques. Un bon moyen de disparaitre.

 

4ème étage, dans l’arbre – la Louve et les fidèles

Deux fidèles sont encore en état de poursuivre la Louve et ils sautent sur l’arbre. Pour l’un, c’est une grave erreur : un faux mouvement le fait glisser de la branche à laquelle il se retenait et il débaroule jusqu’en bas. Pour l’autre, c’est une erreur mortelle. Elle se retrouve face à une louve-garou furieuse et affamée.

Le corps de Rosita est entièrement recouvert de poils, sa queue de loup se balance impatiemment, mais c’est surtout sa tête qui est terrifiante : les oreilles pointues, le museau allongé couvrant à peine les dents immenses et aiguisées, les yeux dorés aux pupilles fendues. Sa voix d’une gravitée surnaturelle tonne :

« OU EST-IL ???

La fidèle n’a pas le temps répondre, déjà un bras terminé par une main griffue l’agrippe et la rapproche du monstre. Elle regarde le ciel par la verrière. Non, la lune n’est pas pleine, entre Vénus et la constellation du Lion on ne voit qu’un croissant pâle. La femme sait, par l’étrange lien qui la relie à son dieu, que le monstre qui lui fait face a besoin de la pleine lune pour atteindre sa pleine puissance et perdre tout contrôle. Elle répond donc calmement :

_ Il faut jouer, maintenant.

Les fidèles n’ont pas réussi à attraper le Chasseur, mais ça n’a pas d’importance tant que la Louve l’ignore. Celle-ci retrousse les babines, dévoilant encore davantage son imposante dentition, et demande :

_ Jouer à quoi ? Comment ? Quelles sont les règles ?

_ Le Dieu n’aime pas les règles.

_ Il aime quoi, alors ? Il veut quoi ?

_ Il ne veut pas de règles. Juste le jeu.

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Jeudi 13 octobre 2011 4 13 /10 /Oct /2011 22:51

_ C’est absurde, on ne peut pas avoir de jeu sans règles !

_ Il dit que tu vas perdre le contrôle. C’est ça qui est drôle.

Rosita approche son visage de celui de la femme. Elle gronde :

_ Si je perds le contrôle ici et maintenant, je te tue. Je te dévore en commençant par les entrailles. Et si tu en réchappes, je t’aurais maudite jusqu’à ce qu’une balle d’argent mette fin à ton calvaire. Tu trouves ça drôle ?

_ Si tu perds le contrôle, tu seras à lui.

_ Et si je ne le perds pas, je gagne ? ça va durer jusqu’à quand, cette imbécilité ?

_ Jusqu’à l’aube ! »

Rosita réfléchit. Garder le contrôle d’elle-même jusqu’à la fin de la nuit, ça semble largement faisable. Il y a donc un piège. D’un autre coté, l’envoyée du faux dieu n’a parlé d’aucune limite de comportement : elle peut donc profiter de ce temps pour trouver la créature et la tuer. Et si la chose a touché à son frère, ça va barder pour elle.

 

1er étage – Arthur, la jeune fille et l’homme en noir

L’homme en noir semble hébété en contemplant les traces des pilleurs. Lui qui voulait absolument devenir cambrioleur, il ne comprend pas pourquoi tout cet or ne l’attire plus. La fille non plus, d’ailleurs. Il ne se rappelle pas pourquoi il lui paraissait essentiel de l’impressionner. Après tout, il la connait à peine. Il ne sait même pas son nom.

Il lui dit maladroitement :

« Heu… il faudrait… il faudrait partir, non ? Je veux dire… avant qu’on ait des ennuis…

_ Vous avez déjà des ennuis, » soupire Arthur dans son dos. L’homme en noir sursaute et se retourne vers le veilleur de nuit, qui ajoute « Ceci dit, je pense que vous n’êtes pas responsable. C’est un genre de folie collective. Tout le monde a pété un câble, ce soir.

_ Qu’est-ce qui s’est passé ? » demande la jeune fille en se relevant. « Je n’ai pourtant rien pris, mais j’avais l’impression d’être… possédée.

_ Je ne sais pas, » dit Arthur « Je crois qu’aucun d’entre nous n’y comprend quoi que ce soit. En tous cas, je vais appeler la police et l’hôpital psy. »

Les deux autres approuvent. A coté d’eux, invisible et impalpable, le fantôme de Ginger s’allume une cigarette qui n’existe pas. Elle ne peut pas supprimer l’influence de la chose, seulement la limiter pour un temps, et ces trois-là lui semblent être les plus capables d’aider Rosita. Elle lance :

« Bon, à vous trois on dirait que vous réunissez au moins un demi-cerveau, donc je compte sur vous pour vous occuper de la partie matérielle du bordel. Il va falloir aider la Louve à ne pas devenir cinglée et pour ça, il faut distraire la bestiole pour qu’elle gaspille ses forces. Alors je compte sur vous pour être ordonnés et raisonnables, histoire de la rendre dingue. »

Les trois humains n’entendent pas consciemment sa voix mais approuvent sans s’en rendre compte : ordonnés et raisonnables, l’idée leur vient tout naturellement. Ginger sourit en faisant un rond de fumée. Elle a trouvé de bons clients.

 

Sous-sol – le Seigneur et le Maître

Le Seigneur est assis sur son trône fraichement décoré. Il s’amuse avec sa hache, qu’il lance en l’air et rattrape. Mais son esprit est ailleurs, concentré sur la tâche de faire chuter la conscience si pure de Rosita.

Le Maitre s’agenouille devant lui, attendant que le Seigneur s’aperçoive de sa présence. Ce qui n’est pas le cas. L’homme tente alors un timide :

« Seigneur… Que doit-on faire à présent ?

_ Amusez-moi.

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Dimanche 16 octobre 2011 7 16 /10 /Oct /2011 20:39

 

La mage excédée eut un mouvement d'énervement et essaya d'écarter la vieille femme sans lui faire mal. Mais loin de se laisser faire, la guérisseuse la frappa du bout d'un bâton sur le front. Même si la fièvre s'était calmée ce simple coup suffit à la désorientée. Se retenant au mur elle fut obligée d'écouter ce que la vieille femme lui murmura à l'oreille. Mais ne parlant pas sa langue, elle ne compris rien. Luvian, qui s'était suffisamment approché, se contenta de hocher la tête.

« Qu'est-ce qu'elle a dit ? demanda la mage d'une voix blanche.

_ Elle vous menace. Vous venez de risquer la vie de chaque habitant de ce village. Je ne sais pas ce que vous recherchez, mais nous nous survivons ici depuis des dizaines d'années. C'est un équilibre précaire, tellement fragile... Votre magie ne vous protégera pas de tout ça. »

Evaïn ouvrit la bouche, mais ravala sa fierté. Se redressant et contournant la guérisseuse, elle rentra dans la demeure. Trouvant rapidement ses vêtements elle se rhabilla complètement. Luvian guettait sur le seuil, sentant macérer la peur qu'il n'avait pas eu le temps de ressentir lors de l'assaut des créatures. Leur bruit incessant s'entendait à nouveau contre l'enceinte, aussi violent que la veille.

« Je comprends que vous souhaitiez sauver vos compagnons. Mais votre soif de trésor est vaine. Vous ne survivrez pas à ce qu'il y a là-bas.

_ Et bien si. » répondit froidement la mage.

Elle repoussa Luvian et se dirigea d'un pas décidé vers le chemin du labyrinthe. La sentinelle à ses trousses, elle rabattit la capuche comme pour se couper de son regard et de ses invectives. Comme elle ne put se défaire de son poursuivant, elle prit les devants en l'invectivant à son tour :

« Vous avez tellement peur de ce démon que vous ne m'auriez rien dit. Soyez honnête : cet homme bardé de tatouages est un élément central de ce qui se passe dans ce village. Cette... commença-t-elle en cherchant ses mots. Cette protection passe par son corps, c'est désormais une évidence. Une simple perturbation et tout le village s'écroule.

_ Vous l'avez sciemment agressé !

_ Vous ne m'auriez rien dit ! Vous nous voyez comme des envahisseurs et vous nous tenez à l'écart avec de tristes légendes.

_ Comment... Vous étiez inconsciente lorsque je me suis entretenu avec vos compagnons, et ils sont partis bien trop tôt pour que vous puissiez vous entretenir avec eux...

_ Je suis Mage, ça répond à votre question ? Une vraie Mage. Et si vous venez d'Egréanor, vous avez une idée de ce que cela peut signifier. »

Ayant atteint les prémices du labyrinthe, elle se planta devant la sentinelle, le mettant au défi d'aller plus loin. Ses yeux bleus glacial plongèrent toute leur colère dans ceux méfiants de Luvian.

« Je ne suis pas votre ennemie et je me fiche de votre trésor. Vous devez connaître pourtant les enjeux. Vous savez ce qui se cache là-dedans, non ? Et moi je peux vous aider. Nous ne sommes pas venus pour vous mettre en péril. Mais vous êtes libre de croire ce que vous voulez. »

Sans attendre de réponse, elle se mit à courir. Luvian serra le manche de sa lance. Puis il fonça tête baissée dans la gueule du démon qu'il évitait depuis des dizaines d'années.

 

Reculant hors de portée de l'ectoplasme, armes en avant, les trois guerriers virent la bête s'approcher dangereusement. Les griffes sortis, elle grondait, faisant claquer sa mâchoire. Meïlya heurta la paroi derrière elle, laissant une faille dans sa défense. La bête n'en demandait pas tant et se jeta sur elle. Mais son élan fut stoppé net par les deux guerriers qui la chargèrent de biais, l’acculant à son tour contre le mur. Les épées plongèrent dans la chair, aussi vite retirée pour éviter les crocs rageurs de la bête. Saignant abondamment, elle eut le réflexe de reculer pour échapper aux lames, mais elle s'arrêta nette. Hérissant ses poils, elle se jeta à corps perdu dans la bataille, renversant les deux guerriers, s'embrochant sur leurs armes. Elle agonisa dans une longue plainte pleine de fureur.

Mandène eut du mal à s'extirper de sous le corps encore agité par des spasmes. Perceron l'aida, venant de même au secours de la guerrière, harassée par le combat. La fumée violacée était plus que jamais agitée par une tempête interne. Mais l'attention des guerriers fut rapidement attirée par un chuintement qui prenait de plus en plus d'ampleur. Le frisson qui les saisit les prévint de l'horreur qui se préparait. Il n'y avait pourtant aucun changement autour d'eux. Rien qui expliquait cette crainte viscérale qui les étreignait. Et puis ils virent le sol de la salle envahie de serpents.

Par DesLyres - Publié dans : Florent IX
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Samedi 22 octobre 2011 6 22 /10 /Oct /2011 20:50

 

Leur instinct les précéda et les poussa à toute allure dans le couloir du labyrinthe. La vague grondante des serpents envahissait tout l'espace. Le moindre coup d’œil en arrière portait un coup dur à leur avance et les saisissait de terreur. La guerrière perdait facilement l'équilibre et devait se retenir sans cesse à la paroi. Les deux soldats eurent beau l'aider, l'attraper dans le dos pour l'obliger à courir à leur rythme, elle trébuchait encore et menaçait de les emmener avec elle dans sa chute. Il y eut un échange de regards déchirants. Sans qu'aucune parole ne soit prononcée, les deux soldats s’élancèrent vers le salut, seuls.

Le sifflement rebondissait tout autour d'eux, à chaque virage, à chaque renfoncement dans les parois. Ils étaient déjà submergés par le bruit avant de l'être par les reptiles. Ils coururent à s'en brûler les poumons, sans voir la fin de ce dédale. Et d'un coup, dans leur champ de vision surgit la mage et la sentinelle. Evaïn grattait la surface des stries ocres dans la paroi quand elle aperçut les deux soldats en pleine course. Ils eurent juste le temps de crier :

« Fuyez ! »

Le sifflement les rattrapait. Ils dépassèrent les deux autres humains, raccrochant le peu d'espoir qui leur restait à leur dernière force. S'ils s'arrêtaient, ils étaient morts. Alors que la vague déferlait autour d'eux, avalant la mage et la sentinelle sans leur laisser de chance, ils poussèrent encore plus loin l'effort de tout leur muscle. La peur tambourinait sous leur crâne, effaçant tout autre jugement. Et l'un d'eux chuta. L'autre, dans un sursaut de conscience, eut un regard pour son compagnon qui lui fut autant fatal. Les serpents se jetèrent sur eux, par centaine.

 

Luvian et Evaïn restèrent immobiles. Ils n'avaient plus le temps de fuir la menace qui venaient de faire déguerpir devant eux deux soldats aguerris. Ils s'apprêtaient à l'affronter, mais rien ne vint. Avec prudence ils s’avancèrent, n'ayant toujours aucun signe de la menace. La témérité l'emportant sur la prudence, la mage força le pas. Luvian reconnaissait quant à lui les prémices qui avaient emporté ses propres compagnons. Des peurs viscérales sans fondement qui les pousseraient les uns contre les autres. Suivant Evaïn qui avançait sans aucune prudence, il découvrit avec elle le corps mutilé et recroquevillé de la guerrière. Se précipitant vers elle, ils la virent tremblante, le regard obnubilé par le reste du chemin.

« Il y avait des serpents... partout... Des hordes de serpents... Des milliers et des milliers... Et qui mordaient et le venin... Et je suis morte je crois mais... Y en avait partout... »

A mesure de ses paroles elle chassait de sa peau les sensations tenaces des corps reptiliens qui s'étaient jetés sur elle. Son bras mutilé la faisait souffrir. Le sang cherchait encore un moyen de circuler au-delà de la coupure, maculant le tissu.

« Il faut vous sortir de là, tenez-vous à moi. »

La guerrière prit appui comme elle put sur la sentinelle et se releva. Ils commencèrent à avancer, sans la mage qui se dirigeait en sens inverse en direction de la salle. Luvian voulut l'interpeller mais elle était déjà trop loin. Il y eut alors un cri qui les stoppa tous trois dans leur mouvement. Un hurlement strident qui se rapprochait. La mage revint en courant se jetant accroupie aux côtés de la guerrière et de la sentinelle. Elle fit craquer du soufre contre une paroi et dessina une lettre de feu devant elle puis la poussa en avant alors qu'elle s'éteignait aussitôt.

Le cri se rapprocha et s'élança dans le virage. La fumée violacée se propageait en hauteur, repérant ses proies et plongeant sur elle. L'odeur de brûlé parvint aux humains avant même que la flamme ne s'élève, dévorant les volutes. La rune écrite avec le feu quelques secondes plus tôt flamboyait à en aveugler chaque témoin. L'émanation hurlante se recroquevilla, dissipée par les soudaines flammes. Tout disparut aussi vite que l'attaque avait été portée, ne laissant plus que la mage, la sentinelle et la guerrière au milieu du chemin.

« Vous avez fait ça comment ?

_ Je sais ce que je fais, je vous l'ais dit. La protection de votre enceinte sera toujours plus efficace que mes tours de passe-passe. »

Passant leur bras sous les épaules de la guerrière, Luvian et Evaïn se dépêchèrent de fuir à leur tour. Guettant l'ennemi qui ne manquerait pas de surgir, ils atteignirent au bout d'un temps incalculable l'orée du labyrinthe. Mandène et Perceron les virent arriver, tremblants et penauds.

Par DesLyres - Publié dans : Florent IX
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Mardi 25 octobre 2011 2 25 /10 /Oct /2011 15:25

_ Comment ?

_ Danse !

Les dents dévoilées du dieu sont terrifiantes, mais moins que son regard de braise. Le Maitre se met à gigoter maladroitement. A son grand soulagement, le Seigneur rit. Puis son attention se porte ailleurs. Loin au-dessus…

Il ne rit plus, mai son sourire dément s’élargit encore davantage.

Il murmure : Mange.

Et dans sa terreur le Maître cherche désespérément quelque chose à manger.

 

Dans les escaliers – la Louve

Rosita a repris sa forme de louve pour mieux courir et flairer. Elle traque la créature avec une énergie redoublée. Les seules effluves qu’elle trouve pour l’instant sont celles des humains.

Et la faim l’envahie.

Une crampe violente lui tord l’estomac. Elle serre les dents et crie : « Ca suffit ! », tentant par la parole de redonner de la force à sa part humaine, de ne plus écouter la louve affamée. Elle a mangé il y a peu de temps, ça devrait lui suffire. Elle se transforme à moitié et presse ses mains sur son estomac récalcitrant, tentant de le convaincre d’oublier la douleur. Elle serre encore davantage les dents, piètre tentative de se retenir. Il y a des humains tout près, elle les sent, elle peut presque en deviner le goût sur sa langue…

Elle comprend toute la perversion du défi que la créature lui a imposé : elle va devoir se battre contre elle-même, sa moitié humaine contre sa moitié surnaturelle et carnivore. Jusqu’à l’aube.

Rosita lève la tête vers la verrière. Les étoiles et la lune brillent. Le jour est encore très, très loin…

Manger. Elle doit manger. Elle veut manger.

Lentement, pour ne pas perdre le contrôle, Rosita avance au premier étage. Elle passe à coté des trois humains. Elle sent leur terreur en la voyant, demi-louve pliée en deux, se trainant laborieusement loin d’eux et de leur odeur tentatrice. Une fois l’obstacle passé, elle court. Il lui faut de la viande, au plus vite, pour calmer la faim de monstre qui lui fait perdre la tête.

On trouve un supermarché à cet étage. Les fidèles en ont déjà forcé l’entrée et la louve n’a plus qu’à courir dans les rayons, cherchant la précieuse nourriture. Elle passe devant choux, tomates et carottes sans leur accorder un regard. Il y a bien longtemps qu’elle n’est plus capable d’avaler ces choses-là sans se rendre malade. Enfin, les rayons boucherie, charcuterie, volaille : elle déchire les emballages plastiques et dévore tout ce qu’elle peut attraper. Le supermarché est petit, il ne sert qu’à dépanner les clients du centre commercial, mais Rosita parvient à manger une dizaine de kilos de viande. Leur poids et leur chaleur bienfaisante apaisent la douleur de son estomac tandis que l’énergie se répand dans son organisme, alimentant son énergie vitale.

Elle soupire. Ça va mieux, mais ce n’est pas passé loin. Et ces viandes plastifiées n’ont pas grand-chose à voir avec la viande délicieuse arrachée à une proie encore vivante. Ou à un humain. Pour le palais d’un loup-garou, aucune viande n’arrive à la cheville de la viande humaine. Immédiatement, Rosita chasse cette pensée. Elle n’a jamais voulu devenir louve-garou, elle n’a fait qu’être mordue et survivre. Cette malédiction a au moins eu le mérite  de faire d’elle quelqu’un de spécial, possédant une force et des capacités au-delà de l’humain. C’est Rosita qui a fait le choix d’être davantage qu’une louve-garou, d’utiliser ses talents pour lutter contre ceux qui s’en prennent à des humains sans défense, comme elle l’a été. Elle ne veut pas de cette faim, elle ne veut pas de ce désir immonde de chair humaine, elle ne veut pas être louve et perdre le contrôle d’elle-même. Et c’est exactement ça que la créature veut.

Par DesLyres - Publié dans : Luma IX
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Jeudi 27 octobre 2011 4 27 /10 /Oct /2011 12:41

Il leur annonce que du fait de la mauvaise gestion de son prédécesseur, la tempête solaire a un impact sur la gestion du vaisseau. Un choix cornélien s'impose à lui. Il ne peut pas prendre la décision seul, ils doivent décider ensemble. La nourriture manquera, doivent-ils réduire les quantités maintenant ou doivent-ils espérer que la tempête se calme avant et qu'ils puissent être ravitaillés. Une guerre diplomatique s'en suit. Ils se battent pour de la nourriture. Liam prend conscience qu'un autre enjeux est derrière cela. Pendant qu'il s'occupait de la gestion du vaisseau, l'espion a fait du mal, il a recruté d'autre pays à se joindre à sa cause. Une guerre va éclater quoi qu'il fasse, quoi qu'il se passe, à la fin de la tempête solaire la guerre va s'étendre à la galaxie. La guerre va débuter maintenant et Liam a mis le feu au poudre. La sagesse d'un elfe n'est pas aussi grande qu'on le pense, en fin de compte.

Il se sent abattu, car il a échoué. Il voulait sauver l'univers, il ne lui reste plus qu'à sauver sa misérable existence. La colère fait place à la haine, les échanges deviennent de plus en plus durs. Liam, impuissant, regarde la guerre naitre sous ses yeux. Les représentants quittent le conseil, les clans s'organisent. Ils ont tous compris qu'ils jouent désormais leur avenir. Liam va au cuisine et demande aux gardes de ne faire entrer personne, au chef de restreindre les quantités pour pouvoir tenir jusqu'à la fin de la tempête. Liam retourne à son bureau, désespéré. Les représentants de Pandora, La Terre, Mars, Gallion et Supernova sont déjà dans son bureau. Même si la présence de Kalia le rassure, il craint le courroux de ces hommes car il a échoué dans son rôle de médiateur. On se souviendra de lui pour cela : «  le médiateur le plus court, il a occupé le poste une journée et a engendré une guerre ». Il s'assoit derrière le bureau pour leur montrer qu'il est conscient de sa tache, de son rôle. Il est le médiateur. Gøg, le représentant de Gallion, prend la parole et demande à notre elfe de prendre la tête de la lutte contre ces tueurs de planète. La planète Gallion a un peuple qui a vraiment mauvais caractère mais ces nains, chevelus, barbus sont des amis fidèles et sont redoutables au combat. Les elfes entretiennent de bonnes relations avec eux, de nature surtout marchande et médicale. Gøg et Liam ont un ami commun, un elfe qui s'est passionné pour Gallion et son peuple de forgerons. Il a essayé de combiner les deux savoirs de ses deux planètes et cherche encore aujourd'hui sa chimère, une arme qui naitrait du savoir faire des deux peuples et qui serait d'après lui l'arme absolue.

Liam explique à ses visiteurs qu'il n'est pas l'homme de la situation, il est le déclencheur de la guerre qui s'annonce et leur présente ses excuses pour avoir mis en péril leurs vies et celles de leurs planètes respectives par sa maladresse. Kalia reste en retrait mais lui dit qu'il a bien agi, il ne peut voir son visage, ses yeux, le représentant de Supernova la lui cache. Ce peuple est trop grand mais d'une sagesse qui peut valoir celle des elfes. Il prend d'ailleurs la parole à son tour en expliquant à Liam qu'il n'avait pas d'autre moyen pour démasquer le traitre parmi eux. Le peuple de Supernova, grand par la taille et l'esprit, avec leur faciès de poisson-chat est un peuple pacifiste comme les elfes. Ils sont les maitres de la philosophie et passent leurs journées à penser. Ils ont horreur de la guerre mais savent quand elle est inévitable. Liam leur demande du temps, il doit réfléchir à leur proposition. Ils se retirent tous, sans que Liam ait pu voir le visage de Kalia. Il aurait tant besoin de son soutient, à l'heure actuelle. Elle pourrait l'aider à prendre une décision. Elle doit être encore fâchée contre lui, après qu'il l'ait manipulée ce matin. Liam entre en méditation, il doit réfléchir et trouver la bonne façon d'agir. Une partie d'échec s'annonce entre lui et le traitre. Qui mettra fin à la partie de l'autre en renversant le roi. Là il va s'agir de choisir ses pions. Combien de peuples peuvent accepter d'être avec ce traitre ? Combien de peuples faibles iront vers lui pour réclamer sa clémence contre la vie de ses enfants comme chair à canon ? Combien de peuple prêteront leur savoir faire, leurs armes et leur cruauté à la faim de pouvoir de cet homme ? Pourquoi, dans quel but cette guerre ? Liam ne peut comprendre les raisons, il le sait, il est un elfe, il n'aspire qu'à la paix mais il doit réveiller le guerrier en lui, il va devoir tuer, il va devoir exterminer. Le poids des années lui semblent bien lourd ce soir.

La porte de son bureau s'ouvre, il doit sortir de sa méditation. Qui peut jaillir à cette heure tardive car Liam se rend compte qu'il a médité plus longtemps que prévu, la nuit est tombée, la pièce est plongée dans l'obscurité. Il reprend conscience de son corps. Il bondit, se tourne et fait face à cet intrus, prêt à bondir face au danger. Mais il est surpris en voyant l'intrus. Que fait-il ici ?

Par DesLyres - Publié dans : Hélène IX
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Jeudi 27 octobre 2011 4 27 /10 /Oct /2011 17:14

Personne n'osa parler des serpents. Les deux guerriers, mal à l'aise, essayèrent d'aider mais leur maladresse ne fut d'aucune utilité. Ils accompagnèrent Meïlya dans la demeure où elle avait déjà été soignée. Avec une grimace permanente de dégoût la guérisseuse s'occupa d'elle, mélangeant des herbes avec quelques cendres, piochant parmi ses mixtures à l'aspect répugnant pour lier ses ingrédients. Agitant une feuille poisseuse sous le nez de Luvian, elle répéta plusieurs le mot « poison » dans sa langue. La sentinelle secoua la tête. Haussant les épaules, elle eut un regard discret pour les trois autres mais Luvian renouvela son geste.

Mandène et Perceron se retirèrent et la Mage s'écarta elle aussi, le front en sueur. S'adossant au mur irrégulier de la demeure, elle expira tout l'air de ses poumons avant de les remplir d'un souffle bienfaisant. Elle effaça ce qu'elle put de moiteur sur son visage avant de rouvrir les yeux. Luvian se tenait devant elle, une décoction dans la main. Une tige de couleur brune, brisée en plusieurs endroits y infusaient.

« C'est juste une plante du coin. La fleur sert d'épice, les tiges calment les maux de têtes.

_ Je vous ai vu. »

Cédant le gobelet en céramique, la sentinelle se mordit les lèvres et s'assit à ses côtés.

« Lorsque nous étions face à cette manifestation, vous saviez ce que c'était. Vous l'aviez déjà rencontré. Et vous m'avez assuré le contraire.

_ Je ne suis jamais entré dans le labyrinthe. Je ne vous ai rien dit de plus.

_ Alors dîtes-moi en plus, répliqua la Mage avec une colère contenue. Qu'est-ce qui vous retient dans ce village ? Vous n'avez rien à voir avec ces... bannis.

_ Au contraire. » murmura Luvian.

Ses souvenirs lui collaient à la peau, comme des cicatrices peinant à guérir. C'était si facile de revivre sa découverte du village, mais il était plus salutaire pour son âme de refouler tout ça loin dans sa mémoire. Tant qu'il agissait pour sauvegarder le village, il n'avait pas à se remémorer ces instants. Si tout son corps était au accaparé par la défense de l'enceinte, son esprit demeurait docile.

« On est arrivé de nuit. Pourtant on aurait dû atteindre les premières collines depuis longtemps. Avec le recul, on était déjà sous l'emprise du maléfice. C'était plus facile de cacher dans le noir la réalité du village. On nous a accueilli comme des rois. L'homme qui porte aujourd'hui les tatouages était malade depuis plusieurs jours et ils l'ont soigné. Lorsque notre commandant a commencé à parler du trésor et de la compagnie, ils ont répondu à toutes nos questions, sans rien cacher.

_ Ils parlaient la langue des Aurevents ?

_ Non, mais j'étais traducteur. Leur dialecte n'est pas facile à assimiler, mais des phrases simples suffisent à se faire comprendre. Ils nous ont parlé du labyrinthe maudit où les derniers de la compagnie sont morts. Ils nous ont parlé de la malédiction. Mais tout ce qui importait, c'était le trésor. Ils m'ont laissé derrière, pour veiller sur le malade. Ceux qui sont revenus le lendemain étaient... vidés. Ils s'étaient démenés jusqu'à l'épuisement. Leurs discours étaient incohérents. Si vous regardez vos deux compagnons, vous aurez un aperçu de ce que j'ai vu ce jour-là ».

Recroquevillés autour d'un feu, Madène et Perceron ne quittaient pas les flammes du regard. Secoués de temps à autre par un frisson, ils faisaient mine de tomber dans le foyer avant de se ressaisir. Leurs traits déformés par les ombres dansantes semblaient possédés par une entité commune, par un diable jouant avec deux marionnettes à la fois.

« Ils ont retrouvé une part du trésor et se sont entre-tués pour se l'approprier. Ils n'ont pas survécu à leurs blessures. Ce n'étaient que des humains, aveuglés par la richesse, incapable de comprendre les forces qui les dépassaient. Mais leur sacrifice a permis à cette... malédiction de s'échapper. Elle est venue ici, dans le village. Avec cette forme de brouillard empoisonné. Certains villageois sont morts sur le coup. C'est là que la force qui protège ce village s'est emparée du plus faible pour se manifester. Il y avait un corps inconscient, le malade que je devais protéger. Et le glas s'est réveillé. Comme lorsque vous vous êtes réfugiés. Ça a suffit à la contenir hors de l'enceinte du village.

_ Et depuis vous restez pour veiller sur un corps possédé ? Vous êtes là depuis combien de temps ?

_ D'après vous ? répliqua Luvian en montrant le dos de sa main. Quel âge je peux avoir ?

_ Vous ne devez pas être plus vieux que moi... vous deviez être un enfant quand vous êtes arrivé.

_ Non, répondit calmement la sentinelle. Mais cela doit faire une trentaine d'années que je suis ici. »

 

Par DesLyres - Publié dans : Florent IX
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Vendredi 28 octobre 2011 5 28 /10 /Oct /2011 22:37

Liam ouvre les yeux, il avait l'impression que la scène venait de se passer pourtant, il fait encore jour, il est là, assis sur son coussin de méditation. Que s'est-il passé ? Il ne comprend pas, il a l'impression d'avoir vécu de manière si réaliste. Il sort de son bureau, il doit voir Kalia, il frappe à sa porte, elle ne répond pas. Où est-elle ? Il croise Grøg, il dit qu'il accepte de prendre les rennes car de toute façons, il se sent responsable de cette situation et il doit y mettre fin. Il lui demande s'il sait où se trouve Kalia. Grøg l'ignore mais il lui propose de venir dans le QG qu'ils ont aménagé. Elle sera peut-être là-bas. Ils s'y rendent. Elle n'est pas dans la pièce mais il y a déjà pas mal de monde. Ils ont réquisitionné une salle de réunion comme quartier général. Ils ont fait un tableau avec le portrait des différents protagonistes. Ils cherchent à identifier les amis, le ennemis, les hésitants qu'il faut décider.

Liam est accueilli comme un héros, ils sont tous accrochés à ces lèvres et toutes ses paroles sont prises comme des paroles d'or. L'elfe se sent mal à l'aise car il a l'impression de les tromper, de se servir d'eux, d'être un manipulateur assassin. Nombreux sont les représentants qu'il connait de vue, avec qui il a des liens, certains sont des vrais amis, d'autres sont des représentants d'un peuple que Liam affectionne. Il a beaucoup d'amitié pour eux et il va devoir leur demander de sacrifier leur vie pour une cause, pour la liberté. Combien seront encore en vie à la sortie de la guerre ? Liam respire un bon coup. Il a décider de mener ce combat, il doit les conduire à la victoire. Le sang devra couler, il le sait, il doit se faire à cette raison. Il doit sauver Pandora, il doit sauver Kalia, son peuple, la Terre de son fils. Il n'est qu'un elfe, il perfectible. Il doit faire au mieux. Il demande à ce qu'on identifie au plus vite le groupe ennemies qui a rallié la cause de ce détendeur de la technologie Xaleks. On doit également identifier leur chef car c'est lui la tête pensante et on devra l’éliminer au plus vite, au plus tôt, fouiller sa chambre et mettre la main sur cette technologie. On doit l'identifier, c'est une priorité car il est à l'origine de tout cela , lui et son peuple. Ils ont tué les trois quart de Pandora et ça, il ne leur pardonnera jamais. Il faut également connaître leur motivation, leur stratégie car ils vont vouloir étouffer l'affaire en éliminant les représentants hostiles à leur plans. De quelle manière vont-ils agir ? Est-ce que ce vaisseau peut supporter des tirs ? Y a t-il un danger pour la coque, la pressurisation ?

Liam organise les différents groupes, leurs donne des directives. Il va à la rencontre des indécis et essaye de les convaincre de se battre pour la Liberté. Il ne se ménage pas, il sent ses forces diminuées. Chaxus de Supernova lui ordonne d'aller se reposer quelques heures car ils ont besoin de lui mais il doit avoir les idées claires et l'esprit vif. Il passe par la cuisine pour récupérer un peu de fruit. Il les mange en chemin et se rend dans son bureau. Il contemple ses herbes hautes qui lui rappelle sa planète et lui donne la force de continuer le combat. Il doit se battre pour que son peuple ne subissent pas la même injustice que Pandora. Il fixe le coussin de méditation avec méfiance. Il doit réfléchir, il doit se reposer. C'est la meilleure façon pour lui de combiner les deux. Il s'assoit, il respire et se lance dans sa méditation. Il refait le plein en se promenant en pensée dans Broliande, il aime à saluer ses parents disparus. Il va ensuite dans son bureau et s’assoit. Son défunt frère lui parle de la guerre, lui raconte encore une fois toutes les horreurs qu'il a vu et lui rappelle les dangers qu'elle engendre. Ils réfléchissent ensemble à une stratégie, son frère était un excellent stratège et arrivait à piéger Liam à chaque fois aux échecs. Leur père était fier d'eux. Liam se débrouillait vraiment bien mais Shawn était très fort. La seule fois où il a réussi à battre son frère, c'est le jour où il a appris qu'il était appelé à combattre contre les Xaleks. Shawn avait la tête déjà au combat. Liam l'avait eut trop facilement. La victoire n'avait pas un si bon goût. C'était leur dernière partie mais ils ne le savaient pas. Shawn avait plaisanté là dessus, en disant que même s'il ne revenait pas Liam l'aurait comme cela au moins battu une fois dans sa vie. Liam lui avait envoyé le jeu d'échec à la figure et avait refusé de lui faire ses adieux. Shawn était parti et n'était jamais revenu.

La porte de son bureau s'ouvre, il doit sortir de sa méditation. Qui peut jaillir à cette heure tardive car Liam se rend compte qu'il a médité plus longtemps que prévu,perdu dans ses souvenirs. La pièce est plongée dans l'obscurité. Il reprend conscience de son corps. Il bondit, se tourne et fait face à cet intrus, prêt à bondir face au danger. Mais il est surpris en voyant l'intrus, la lumière du couloir l'éclaire. Que fait-il ici ? Il se pince, non cette fois-ci ce n'est pas un rêve, il est bien devant lui. Il ne devrait pas être là. Pourquoi est-il ici ?

Par DesLyres - Publié dans : Hélène IX
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