Dimanche 16 octobre 2011 7 16 /10 /Oct /2011 20:39

 

La mage excédée eut un mouvement d'énervement et essaya d'écarter la vieille femme sans lui faire mal. Mais loin de se laisser faire, la guérisseuse la frappa du bout d'un bâton sur le front. Même si la fièvre s'était calmée ce simple coup suffit à la désorientée. Se retenant au mur elle fut obligée d'écouter ce que la vieille femme lui murmura à l'oreille. Mais ne parlant pas sa langue, elle ne compris rien. Luvian, qui s'était suffisamment approché, se contenta de hocher la tête.

« Qu'est-ce qu'elle a dit ? demanda la mage d'une voix blanche.

_ Elle vous menace. Vous venez de risquer la vie de chaque habitant de ce village. Je ne sais pas ce que vous recherchez, mais nous nous survivons ici depuis des dizaines d'années. C'est un équilibre précaire, tellement fragile... Votre magie ne vous protégera pas de tout ça. »

Evaïn ouvrit la bouche, mais ravala sa fierté. Se redressant et contournant la guérisseuse, elle rentra dans la demeure. Trouvant rapidement ses vêtements elle se rhabilla complètement. Luvian guettait sur le seuil, sentant macérer la peur qu'il n'avait pas eu le temps de ressentir lors de l'assaut des créatures. Leur bruit incessant s'entendait à nouveau contre l'enceinte, aussi violent que la veille.

« Je comprends que vous souhaitiez sauver vos compagnons. Mais votre soif de trésor est vaine. Vous ne survivrez pas à ce qu'il y a là-bas.

_ Et bien si. » répondit froidement la mage.

Elle repoussa Luvian et se dirigea d'un pas décidé vers le chemin du labyrinthe. La sentinelle à ses trousses, elle rabattit la capuche comme pour se couper de son regard et de ses invectives. Comme elle ne put se défaire de son poursuivant, elle prit les devants en l'invectivant à son tour :

« Vous avez tellement peur de ce démon que vous ne m'auriez rien dit. Soyez honnête : cet homme bardé de tatouages est un élément central de ce qui se passe dans ce village. Cette... commença-t-elle en cherchant ses mots. Cette protection passe par son corps, c'est désormais une évidence. Une simple perturbation et tout le village s'écroule.

_ Vous l'avez sciemment agressé !

_ Vous ne m'auriez rien dit ! Vous nous voyez comme des envahisseurs et vous nous tenez à l'écart avec de tristes légendes.

_ Comment... Vous étiez inconsciente lorsque je me suis entretenu avec vos compagnons, et ils sont partis bien trop tôt pour que vous puissiez vous entretenir avec eux...

_ Je suis Mage, ça répond à votre question ? Une vraie Mage. Et si vous venez d'Egréanor, vous avez une idée de ce que cela peut signifier. »

Ayant atteint les prémices du labyrinthe, elle se planta devant la sentinelle, le mettant au défi d'aller plus loin. Ses yeux bleus glacial plongèrent toute leur colère dans ceux méfiants de Luvian.

« Je ne suis pas votre ennemie et je me fiche de votre trésor. Vous devez connaître pourtant les enjeux. Vous savez ce qui se cache là-dedans, non ? Et moi je peux vous aider. Nous ne sommes pas venus pour vous mettre en péril. Mais vous êtes libre de croire ce que vous voulez. »

Sans attendre de réponse, elle se mit à courir. Luvian serra le manche de sa lance. Puis il fonça tête baissée dans la gueule du démon qu'il évitait depuis des dizaines d'années.

 

Reculant hors de portée de l'ectoplasme, armes en avant, les trois guerriers virent la bête s'approcher dangereusement. Les griffes sortis, elle grondait, faisant claquer sa mâchoire. Meïlya heurta la paroi derrière elle, laissant une faille dans sa défense. La bête n'en demandait pas tant et se jeta sur elle. Mais son élan fut stoppé net par les deux guerriers qui la chargèrent de biais, l’acculant à son tour contre le mur. Les épées plongèrent dans la chair, aussi vite retirée pour éviter les crocs rageurs de la bête. Saignant abondamment, elle eut le réflexe de reculer pour échapper aux lames, mais elle s'arrêta nette. Hérissant ses poils, elle se jeta à corps perdu dans la bataille, renversant les deux guerriers, s'embrochant sur leurs armes. Elle agonisa dans une longue plainte pleine de fureur.

Mandène eut du mal à s'extirper de sous le corps encore agité par des spasmes. Perceron l'aida, venant de même au secours de la guerrière, harassée par le combat. La fumée violacée était plus que jamais agitée par une tempête interne. Mais l'attention des guerriers fut rapidement attirée par un chuintement qui prenait de plus en plus d'ampleur. Le frisson qui les saisit les prévint de l'horreur qui se préparait. Il n'y avait pourtant aucun changement autour d'eux. Rien qui expliquait cette crainte viscérale qui les étreignait. Et puis ils virent le sol de la salle envahie de serpents.

Par DesLyres - Publié dans : Florent IX
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