Partager l'article ! Florent IX, p6b: Leur instinct les précéda et les poussa à toute allure dans le couloir du labyrinthe. La vague grondante des ...
Leur instinct les précéda et les poussa à toute allure dans le couloir du labyrinthe. La vague grondante des serpents envahissait tout l'espace. Le moindre coup d’œil en arrière portait un coup dur à leur avance et les saisissait de terreur. La guerrière perdait facilement l'équilibre et devait se retenir sans cesse à la paroi. Les deux soldats eurent beau l'aider, l'attraper dans le dos pour l'obliger à courir à leur rythme, elle trébuchait encore et menaçait de les emmener avec elle dans sa chute. Il y eut un échange de regards déchirants. Sans qu'aucune parole ne soit prononcée, les deux soldats s’élancèrent vers le salut, seuls.
Le sifflement rebondissait tout autour d'eux, à chaque virage, à chaque renfoncement dans les parois. Ils étaient déjà submergés par le bruit avant de l'être par les reptiles. Ils coururent à s'en brûler les poumons, sans voir la fin de ce dédale. Et d'un coup, dans leur champ de vision surgit la mage et la sentinelle. Evaïn grattait la surface des stries ocres dans la paroi quand elle aperçut les deux soldats en pleine course. Ils eurent juste le temps de crier :
« Fuyez ! »
Le sifflement les rattrapait. Ils dépassèrent les deux autres humains, raccrochant le peu d'espoir qui leur restait à leur dernière force. S'ils s'arrêtaient, ils étaient morts. Alors que la vague déferlait autour d'eux, avalant la mage et la sentinelle sans leur laisser de chance, ils poussèrent encore plus loin l'effort de tout leur muscle. La peur tambourinait sous leur crâne, effaçant tout autre jugement. Et l'un d'eux chuta. L'autre, dans un sursaut de conscience, eut un regard pour son compagnon qui lui fut autant fatal. Les serpents se jetèrent sur eux, par centaine.
Luvian et Evaïn restèrent immobiles. Ils n'avaient plus le temps de fuir la menace qui venaient de faire déguerpir devant eux deux soldats aguerris. Ils s'apprêtaient à l'affronter, mais rien ne vint. Avec prudence ils s’avancèrent, n'ayant toujours aucun signe de la menace. La témérité l'emportant sur la prudence, la mage força le pas. Luvian reconnaissait quant à lui les prémices qui avaient emporté ses propres compagnons. Des peurs viscérales sans fondement qui les pousseraient les uns contre les autres. Suivant Evaïn qui avançait sans aucune prudence, il découvrit avec elle le corps mutilé et recroquevillé de la guerrière. Se précipitant vers elle, ils la virent tremblante, le regard obnubilé par le reste du chemin.
« Il y avait des serpents... partout... Des hordes de serpents... Des milliers et des milliers... Et qui mordaient et le venin... Et je suis morte je crois mais... Y en avait partout... »
A mesure de ses paroles elle chassait de sa peau les sensations tenaces des corps reptiliens qui s'étaient jetés sur elle. Son bras mutilé la faisait souffrir. Le sang cherchait encore un moyen de circuler au-delà de la coupure, maculant le tissu.
« Il faut vous sortir de là, tenez-vous à moi. »
La guerrière prit appui comme elle put sur la sentinelle et se releva. Ils commencèrent à avancer, sans la mage qui se dirigeait en sens inverse en direction de la salle. Luvian voulut l'interpeller mais elle était déjà trop loin. Il y eut alors un cri qui les stoppa tous trois dans leur mouvement. Un hurlement strident qui se rapprochait. La mage revint en courant se jetant accroupie aux côtés de la guerrière et de la sentinelle. Elle fit craquer du soufre contre une paroi et dessina une lettre de feu devant elle puis la poussa en avant alors qu'elle s'éteignait aussitôt.
Le cri se rapprocha et s'élança dans le virage. La fumée violacée se propageait en hauteur, repérant ses proies et plongeant sur elle. L'odeur de brûlé parvint aux humains avant même que la flamme ne s'élève, dévorant les volutes. La rune écrite avec le feu quelques secondes plus tôt flamboyait à en aveugler chaque témoin. L'émanation hurlante se recroquevilla, dissipée par les soudaines flammes. Tout disparut aussi vite que l'attaque avait été portée, ne laissant plus que la mage, la sentinelle et la guerrière au milieu du chemin.
« Vous avez fait ça comment ?
_ Je sais ce que je fais, je vous l'ais dit. La protection de votre enceinte sera toujours plus efficace que mes tours de passe-passe. »
Passant leur bras sous les épaules de la guerrière, Luvian et Evaïn se dépêchèrent de fuir à leur tour. Guettant l'ennemi qui ne manquerait pas de surgir, ils atteignirent au bout d'un temps incalculable l'orée du labyrinthe. Mandène et Perceron les virent arriver, tremblants et penauds.
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