Partager l'article ! Florent IX, p7: Personne n'osa parler des serpents. Les deux guerriers, mal à l'aise, essayèrent d'aider mais leur maladresse ne fut d'aucune ...
Personne n'osa parler des serpents. Les deux guerriers, mal à l'aise, essayèrent d'aider mais leur maladresse ne fut d'aucune utilité. Ils accompagnèrent Meïlya dans la demeure où elle avait déjà été soignée. Avec une grimace permanente de dégoût la guérisseuse s'occupa d'elle, mélangeant des herbes avec quelques cendres, piochant parmi ses mixtures à l'aspect répugnant pour lier ses ingrédients. Agitant une feuille poisseuse sous le nez de Luvian, elle répéta plusieurs le mot « poison » dans sa langue. La sentinelle secoua la tête. Haussant les épaules, elle eut un regard discret pour les trois autres mais Luvian renouvela son geste.
Mandène et Perceron se retirèrent et la Mage s'écarta elle aussi, le front en sueur. S'adossant au mur irrégulier de la demeure, elle expira tout l'air de ses poumons avant de les remplir d'un souffle bienfaisant. Elle effaça ce qu'elle put de moiteur sur son visage avant de rouvrir les yeux. Luvian se tenait devant elle, une décoction dans la main. Une tige de couleur brune, brisée en plusieurs endroits y infusaient.
« C'est juste une plante du coin. La fleur sert d'épice, les tiges calment les maux de têtes.
_ Je vous ai vu. »
Cédant le gobelet en céramique, la sentinelle se mordit les lèvres et s'assit à ses côtés.
« Lorsque nous étions face à cette manifestation, vous saviez ce que c'était. Vous l'aviez déjà rencontré. Et vous m'avez assuré le contraire.
_ Je ne suis jamais entré dans le labyrinthe. Je ne vous ai rien dit de plus.
_ Alors dîtes-moi en plus, répliqua la Mage avec une colère contenue. Qu'est-ce qui vous retient dans ce village ? Vous n'avez rien à voir avec ces... bannis.
_ Au contraire. » murmura Luvian.
Ses souvenirs lui collaient à la peau, comme des cicatrices peinant à guérir. C'était si facile de revivre sa découverte du village, mais il était plus salutaire pour son âme de refouler tout ça loin dans sa mémoire. Tant qu'il agissait pour sauvegarder le village, il n'avait pas à se remémorer ces instants. Si tout son corps était au accaparé par la défense de l'enceinte, son esprit demeurait docile.
« On est arrivé de nuit. Pourtant on aurait dû atteindre les premières collines depuis longtemps. Avec le recul, on était déjà sous l'emprise du maléfice. C'était plus facile de cacher dans le noir la réalité du village. On nous a accueilli comme des rois. L'homme qui porte aujourd'hui les tatouages était malade depuis plusieurs jours et ils l'ont soigné. Lorsque notre commandant a commencé à parler du trésor et de la compagnie, ils ont répondu à toutes nos questions, sans rien cacher.
_ Ils parlaient la langue des Aurevents ?
_ Non, mais j'étais traducteur. Leur dialecte n'est pas facile à assimiler, mais des phrases simples suffisent à se faire comprendre. Ils nous ont parlé du labyrinthe maudit où les derniers de la compagnie sont morts. Ils nous ont parlé de la malédiction. Mais tout ce qui importait, c'était le trésor. Ils m'ont laissé derrière, pour veiller sur le malade. Ceux qui sont revenus le lendemain étaient... vidés. Ils s'étaient démenés jusqu'à l'épuisement. Leurs discours étaient incohérents. Si vous regardez vos deux compagnons, vous aurez un aperçu de ce que j'ai vu ce jour-là ».
Recroquevillés autour d'un feu, Madène et Perceron ne quittaient pas les flammes du regard. Secoués de temps à autre par un frisson, ils faisaient mine de tomber dans le foyer avant de se ressaisir. Leurs traits déformés par les ombres dansantes semblaient possédés par une entité commune, par un diable jouant avec deux marionnettes à la fois.
« Ils ont retrouvé une part du trésor et se sont entre-tués pour se l'approprier. Ils n'ont pas survécu à leurs blessures. Ce n'étaient que des humains, aveuglés par la richesse, incapable de comprendre les forces qui les dépassaient. Mais leur sacrifice a permis à cette... malédiction de s'échapper. Elle est venue ici, dans le village. Avec cette forme de brouillard empoisonné. Certains villageois sont morts sur le coup. C'est là que la force qui protège ce village s'est emparée du plus faible pour se manifester. Il y avait un corps inconscient, le malade que je devais protéger. Et le glas s'est réveillé. Comme lorsque vous vous êtes réfugiés. Ça a suffit à la contenir hors de l'enceinte du village.
_ Et depuis vous restez pour veiller sur un corps possédé ? Vous êtes là depuis combien de temps ?
_ D'après vous ? répliqua Luvian en montrant le dos de sa main. Quel âge je peux avoir ?
_ Vous ne devez pas être plus vieux que moi... vous deviez être un enfant quand vous êtes arrivé.
_ Non, répondit calmement la sentinelle. Mais cela doit faire une trentaine d'années que je suis ici. »
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