Archives La Méli-Mélo

Jeudi 31 janvier 2008
Par DesLyres
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Jeudi 31 janvier 2008



Cloîtrée au dernier étage, dans un grenier terriblement encombré, je commençais à suffoquer au milieu de toute la poussière que je retournais depuis des heures quand une voix familière et salvatrice se fit entendre depuis le jardin :

« Gabrielle, tu peux descendre ? Tout le monde est arrivé, il ne manque que toi ! »

Les choses sérieuses allaient pouvoir commencer ! Je laissais tomber ma dernière trouvaille, une ancienne couronne de princesse, ou autre reine de bal passablement démodée, pour dévaler les trois étages qui me séparaient de la terre ferme, faisant un bref arrêt devant le vieux miroir de l’entrée afin de me recoiffer et de tapoter la poussière accumulée sur mes vêtements, pour enfin sortir sur la terrasse où la lumière aveuglante du soleil me fit perdre mes repères quelques instant.
Petit à petit mes yeux reconnurent les personnes présentes, et en effet il ne manquait plus que moi.
Mon fiancé cala une coupe de champagne Fleury dans ma main gauche et leva son verre pour entamer un discours. Je l’avais prévenu que ça aurait sûrement l’air trop solennelle mais il avait tenu à dire quelques mots pour l’occasion. Il remercia donc rapidement tous nos amis les plus proches d’être venu nous aider à retaper cette vieille bâtisse que nous venions d’acquérir, en rappelant bien sûr qu’ils seraient gracieusement hébergés, blanchis et nourris durant toute la durée des travaux.

Le projet avait pris forme il y a de ça six mois maintenant. Nous venions d’officialiser nos fiançailles quand Jérôme eut une promotion, nous permettant d’investir dans l’immobilier et de nous offrir la maison de nos rêves. Il nous fallut quatre mois pour la dénicher mais aujourd’hui elle s’imposait de toute sa grandeur au milieu d’un vaste terrain, et elle était à nous.
C’était une maison assez simple dans sa construction, puisqu’il s’agissait d’une ancienne ferme ayant déjà été réaménagé en habitation traditionnelle. Ses lourds murs de pierres s’élevaient sur trois niveaux, et étaient recouverts d’une vigne vierge remarquablement vivace. De grandes et imposantes fenêtres perçaient la façade principale, laissant deviner de vastes et nombreuses pièces à chaque étage.
Bien sûr elle n’était plus habitée depuis près d’un demi siècle, désertée après la guerre et passagèrement oubliée des héritiers, il allait donc falloir entreprendre un certain nombre de travaux et de réaménagement avant de pouvoir s’y installer convenablement.
Et c’est à ce moment de l’histoire qu’une main secourable, ou plutôt une dizaine de mains, se sont proposées pour nous venir en aide et ainsi éviter les habituels problèmes de présence des ouvriers et de respect des délais imposés.

Ils étaient là, sur notre nouvelle terrasse, cinq hommes assez forts et motivés pour réaliser le travail de dix ouvriers, cinq amis de longue date avec lesquels nous avions toujours tout partagé. Et ils étaient près à attaquer les travaux dès que possible, c'est-à-dire dès que les bouteilles de champagne seraient vidées, le repas consommé et la sieste achevée, élément essentiel à une bonne digestion et un travail productif.

Par DesLyres
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Jeudi 31 janvier 2008



Sous ce soleil d’août la chaleur était écrasante mais malgré cela «mes hommes » consacrèrent l’après-midi à déblayer la cour tandis que je leur préparais deux agréables chambres pour les semaines à venir ainsi que de l’excellente citronnade en guise de rafraîchissement. Elle avait certes un léger goût de vodka, vraiment léger, mais aucun d’eux ne sembla y trouver un inconvénient.

Et c’est donc un peu ivre, ou simplement joyeux que nous commençâmes la soirée autour d’un énorme barbecue, sous un ciel étoilé et sans lune. Je m’étais préparer à devoir satisfaire leur appétit féroce d’hommes épuisés par le travail mais je compris vite que s’ils dévorèrent tout ce que je leur servi c’était surtout par gourmandise. Ils savaient apprécier les plaisirs d’un bon repas préparer avec amour, et partager entre amis.

Je ris beaucoup ce soir-là, le repas était fabuleux la nature calme, et ma joie de vivre à son comble. Jérôme vantait inlassablement mes mérites, me faisant rougir de plaisir, et le vin ajoutait à mon euphorie. D’ailleurs du vin il n’y en avait plus sur la table et je trouvais ça inacceptable !

« Je vais chercher à boire, du vin italien ça vous ira ? De toute façon c’est moi qui choisi !!! »

Je pénétrais donc dans la fraîcheur revigorante de la cuisine, loin du brouhaha de la terrasse. Même seule dans la pénombre j’arborais un sourire rayonnant, comblée par cette première journée de travaux entre amis. Je m’emparais lestement d’une bouteille de Chianti et me retournais en direction de la porte vitrée.

« Salut !

- Etienne ! Tu m’as fait peur ! Que faisais-tu dans le noir, derrière moi ?

- Je voulais pas… c’est juste que… merci Gaby, c’était vraiment une bonne journée, et tu t’occupes bien de moi, enfin de nous.

- Euh, merci, mais c’est moi qui vous remercie, vous faites du bon boulot ! C’est la moindre des choses que je vous accueille correctement ! Et puis on est potes ! Et les potes c’est fait pour ça !

- Ouais, c’est vrai que ça fait un bail qu’on se connaît maintenant ! C’est pour ça que je voulais…

Etienne avait l’air agité, nerveux, et je commençais à m’impatienter. L’effet du vin c’était un peu trop dissiper à mon goût et j’avais hâte de sortir ouvrir ma fameuse bouteille. J’esquissais donc un pas vers la sortie mais Etienne repris :

- Gaby ! Je voulais juste te donner ça, pour toi, pour te faire plaisir… allez, prends-le ! C’est pas grand-chose tu sais…

Et en effet ça n’était pas grand-chose ! Enfin pas de quoi se mettre dans cet état.

- Merci… amène la bouteille dehors, je vais aller ranger ça !

Je lui donnais le vin et me dirigeai vers les escaliers.

- Juste une chose…

- Oui Etienne ?

- Evite de le dire à Jérôme, tu sais comme il est jaloux, pour un rien et avec n’importe qui !

- Euh, oui, pas de soucis !

Je montais rapidement dans ma chambre pour déposer le disque sur la commode, pendant qu’au loin se fit entendre le doux bruit d’une bouteille débouchée.

Par DesLyres
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Samedi 2 février 2008



Les journées suivantes se déroulèrent toutes de façon similaire. Nous mangions et buvions beaucoup mais jamais trop. Nous avions adopté un bon rythme de travail et les rénovations entreprises avançaient assez vite, toujours dans la joie et la bonne humeur.

Nous passions de longues soirées à discuter dehors, parfois auprès d’un feu, à regarder la voûte céleste en se remémorant le passé ou bien en imaginant notre futur. Nous étions jeunes, en vacances, un groupe d’ami réuni autour d’un projet, tout était parfait.

Les hommes s’occupaient des travaux les plus importants, alors que je passais de longues journées à ranger, nettoyer et aménager la maison. Je m’occupais des chambres, des courses et des repas, alors qu’ils refaisaient les carrelages, les peintures et l’électricité.

Je passais également du temps à vider le grenier rempli par les générations précédentes. Il contenait une accumulation impressionnante de meubles, d’objets, et de souvenirs des époques passées et je devais faire un tri. J’étais pressée de rendre la maison la plus agréable possible mais ma curiosité l’emportait bien souvent lorsque je tombais sur des malles remplies d’objet personnels, d’albums photos et de vêtements rappelant des temps oubliés. J’aimais par-dessus tout les petits coffrets contenant les objets chers à une personne. Je devinais facilement si le propriétaire avait été une femme, un homme ou même un enfant. Mais je me demandais toujours si ses trésors étaient restés ici après un départ ou un décès trop soudain.

J’entendis appeler au loin, et la voix me fit sortir de ma torpeur.

- Gabrielle, tu veux qu’on te monte un truc à boire ? Tu dois étouffer là dessous ! Un peu de citronnade ?

- Oui avec plaisir ! Merci mon amour !

Il pensait toujours à moi, à mon confort, même quand il avait bien assez à faire de son coté et c’est une chose fort agréable lorsqu’une femme passe ses journées entourée uniquement d’hommes célibataires (pour ne pas dire « vieux garçons) !

Je me remis à fouiner autour de moi en attendant d’être ravitaillée, et c’est par hasard que mon pied heurta une petite boite métallique, extrêmement légère et dans un état tel qu’elle laissait penser que les décennies avait glissées sur elle sans la meurtrir.

Elle était claire et lisse, presque comme un miroir mais rien ne semblait vouloir s’y refléter. Comme une anonyme, elle ne portait pas de gravure, ni d’ornementation, elle semblait vierge de tout contact. Et pourtant elle n’était pas vide, je pouvais deviner assez aisément qu’elle contenait quelque chose, de personnel très probablement…

Je l’ouvris délicatement pour découvrir des objets très hétéroclites rangés avec soin, arrangés de manière à ne laisser presque aucun espace vide. Il y avait sur le dessus un foulard, sûrement en soie sauvage, plié soigneusement afin de protéger le reste du contenu de la boite. L’étoffe précieuse recouvrait trois petites plaques emballées dans du papier journal. Il s’agissait en réalité de trois gravures, représentant trois personnes, sûrement les membres d’une même famille. Les gravures étaient incroyablement précises, et je doutais fortement qu’elles puissent avoir été abandonné sciemment. Venait ensuite une plume d’oie magnifique et un encrier en cristal encore empli d’un liquide noirâtre. Mais j’étais surtout intrigué par l’objet dissimulé au fond de la boite. Il s’agissait d’un petit boîtier en bois très finement sculpté dont le contenu me surpris et me mis quelque peu mal à l’aise. Un rasoir. Un magnifique rasoir en argent gravé au initial de son propriétaire, un mystérieux P.J...

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Samedi 2 février 2008



« - C’est quoi ce truc ?
- Putain Etienne c’est une manie chez toi d’apparaître n’importe où sans prévenir !!!

Par surprise j’avais lâché la boite, éparpillant son contenu sur le plancher. Je ramassais donc les quelques objets pour les remettre en place quand Etienne m’interrompit.

- Tiens, ta citronnade, c’est bien ce que tu voulais non ?
- Ah, merci… c’est gentil de me l’avoir monté ici…
- Ben c’est normal, d’habitude c’est tout le temps toi qui t’occupes de nous, alors pour une fois c’est moi qui vais m’occuper de toi !

Il me regardait avec insistance, comme s’il attendait que je réponde quelque chose à sa question imaginaire. Mais il se chargea de combler le silence qui devenait pesant.

- Tu as écouté mon disque ? Oh, non, excuse moi, tu n’as peut-être pas eu le temps… Je préférerais d’ailleurs que tu profites de la musique un jour où tu seras plus tranquille, genre seule dans ton lit…
- Oui bien sur, c’est ce que je voulais faire !

J’avais complètement oublié cette histoire de disque.

- Alors ? C’est quoi le truc que t’as déniché ?
- Des objets de valeur apparemment, il y a même un rasoir en argent, bizarre non ?
- Trop cool ! Fais voir s’il te plait !

Je lui tendis l’étui en bois et buvais une gorgée du délice citronné pendant qu’il s’extasiait devant l’objet tranchant. Il avait l’air fasciné et je ne sais trop pour quelle raison, sûrement pour pouvoir passer à autre chose, je me suis entendue lui proposer de le garder pour lui.

- T’es sérieuse ? Enorme !!! Mais c’est à toi, c’est ta maison, t’es sûr que tu veux me le donner ?
- Oui, prends-le, ça me fait plaisir ! Et puis ça fera pour le disque ! Les bons comptes font les bons amis !
Nous sommes redescendus ensemble dans le salon pour rejoindre les autres qui nous attendaient autour d’un copieux buffet et nous avons entamé les festivités. Comme tous les soirs nous n’avions rien de particulier à fêter, mais nous célébrions simplement le bonheur de vivre.
Jérôme semblait combler, au milieu de ses amis d’enfance, dans sa nouvelle demeure, auprès de sa future femme. Et je partageais son enthousiasme ! Je m’inquiétais un peu du comportement étrange d’Etienne mais je ne le blâmais pas. Nous savions qu’il avait eu un début d’année difficile suite au suicide de sa petite amie et nous excusions donc très facilement, un peu trop peut-être, ses problèmes de boisson et ses nouvelles lubies. Et puis ici il semblait plutôt serein, et moins enclin à boire, alors finalement ça n’était pas si grave, il pouvait bien m’offrir un disque en échange d’un vieux rasoir.

Par DesLyres
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Dimanche 3 février 2008



La journée du lendemain fut particulièrement harassante. Le temps avait tourné en quelques heures et il s’était mis à pleuvoir des cordes en fin de matinée, pour ne plus s’arrêter jusqu’au lendemain matin. Nous avions donc été contraint à n’effectuer que des travaux d’intérieur ce qui nous permit tout de même d’en finir avec les sols. Tous les carrelages étaient posés, les planchers de l’étage également. Une fois nettoyer nous avions l’impression que le salon était encore plus grand grâce aux larges carreaux beiges posés en diagonale. La maison devenait de plus en plus agréable, mais nous en venions à souhaiter que les travaux soient sans fin, pour ne jamais nous séparer de nos amis et de cette vie en communauté si exaltante.

Ce jour-là nous avions travaillé tous ensemble, parlant fort pour couvrir le bruit de la pluie martelant les fenêtres, mais sans jamais nous plaindre de cette triste journée.

La soirée fut au peu spéciale, une sorte de soirée à thème autour de la nourriture. Chacun devait préparer un plat, où quoi que ce soit à manger, ainsi qu’une boisson. Bien sûr les hommes avaient préféré se regrouper face à la difficulté mais ça n’avait rien enlevé au charme du repas. Alain et Laurent étaient deux grands gaillards pas très doués pour la cuisine, c’est pourquoi ils s’occupèrent de préparer l’apéritif, essentiellement constitué de chips, cacahuètes, fromages, et autres mets « tout prêts », accompagnés de leur traditionnelle cervoise. Bertrand, Etienne et Christophe s’étaient appliqués à nous préparer deux énormes plats de tartiflette maison, c'est-à-dire aux pommes de terre largement noyées dans du vin blanc, accompagnés d’assiettes de charcuteries bien garnies et d’une salade verte trop saucée. Ils choisirent un excellent vin pour accompagner tout ceci, vin qu’ils avaient pris soin de goûter durant la préparation du repas. Je m’occupais du dessert, concoctant un assortiment de muffins, brownies et cookies, accompagné d’un café colombien corsé. Quant à Jérôme, il nous avait préparé « la table », ne laissant rien au hasard dans le choix des couverts, des assiettes et des verres, préparant un bon feu dans la cheminée pour chasser l’humidité, ainsi qu’une lumière douce, essentiellement diffusées par des bougies.

Le repas avait été fabuleux mais j’étais trop fatiguée pour continuer la soirée. Je m’étais donc excusée auprès de mes invités, et j’avais regagné ma chambre pour m’écrouler sur mon lit.

Je m’assoupis très vite, bercée par le bruit de la pluie, mais je ne dormais pas encore profondément quand un craquement me fit sursauter. J’ouvris donc les yeux pour apercevoir une large silhouette dans l’encadrement de la porte. Engourdie par le sommeil je ne réussis pas à prononcer un mot, et tout ce que je pus distinguer fut un léger scintillement, comme le reflet d’un objet métallique, lorsque l’ombre s’évapora.

Troublée je ne parvins pas à me rendormir jusqu’à la venue de Jérôme à qui je me suis empressée de tout raconter. Mais il ne me prit pas au sérieux, prétextant que j’avais trop bu, et que j’étais fatiguée. Je lui demandais tout de même de surveiller le comportement de ses amis, sans évoquer celui d’Etienne à mon égard, mais ça n’eut pas vraiment l’air de lui plaire.

« - Gabrielle, tu peux pas me faire ça, tu sais parfaitement que depuis la mort de mes parents mes amis sont ma seule famille ! Je ne vais pas me méfier d’eux à cause de toi !

- Mais….

- Il n’y a pas de mais ! J’ai confiance en eux, ils ne feraient rien qui puisse nous nuire.

Je gardais donc mes angoisses sous silence jusqu’au prochain incident.

Par DesLyres
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Dimanche 3 février 2008



Le dimanche nous avions décidé de ne rien faire, nous accordant un jour de repos bien mérité, nous permettant de profiter du travail accompli. Nous rêvassions sur la terrasse, où je me faisais dorée au soleil, n’écoutant pas les commentaires des garçons quant à mon refus de bronzer topless. Une douce brise nous rafraîchissait et nous dégustions sandwichs et citronnade tout au long de la journée. Je lisais Tout ce que j’aimais de Siri Hustvedt pendant qu’ils faisaient un foot vaguement croisé avec du rugby. Ils me faisaient rire à courir au soleil, revenant me voir pour me supplier de les tartiner de crème solaire.
La journée se déroula calmement, et je profitais de la soirée pour laisser les hommes entre eux et me prendre un bon bain, accompagné de musique, d’un verre, ou plutôt d’une bouteille de vin rouge, de fromage et de tomates séchées. Tout était parfait, je me détendais dans la mousse qui me recouvrait jusqu’au menton, et j’appréciais la douce mélancolie que me procurait la chanson de Linda Perry Knock me out.

You Knocked me out
I can never be the same
I pushed you over
And here we will remain

Quelqu’un entra dans la salle de bain dont j’avais oublié de fermer le verrou, et je pensais avec joie que Jérôme s’était décidé à me rejoindre. Mais la voix qui m’interpella me fit redescendre de mon nuage :
« - Tu n’écoutes pas mon disque, il ne te plaît pas ? Je pensais que tu écouterais mon disque… moi je prends soin de ton cadeau.
Et en disant ces mots il sortit le rasoir de sa poche et le manipula avec habileté.
- Etienne t’a rien à faire là ! Je prends un bain au cas où tu ne l’aurais pas remarqué et je veux que tu sortes de la salle de bain ! Si Jérôme te voit il va vraiment t’en coller une !
Mais il semblait ne pas m’écouter et je n’aimais pas ça du tout.
- Dommage… à ta place j’aurais écouté mon disque…
- Etienne ! Je le répéterais pas, sors d’ici tout de suite !!! »

Une fois seule je m’étais rapidement séchée et habillée pour retournée dans ma chambre. La séance de détente avait tournée à la crise de nerf et je comptais bien faire part des récents événements à Jérôme. Mais quelque chose attira mon attention, un des tiroirs de la commode n’était pas fermé et ça ne me ressemblait pas. Je m’avançais donc pour découvrir des petits objets brillants dispersés dans ma lingerie. Il s’agissait de morceaux de disque volontairement brisés et éparpillés dans mes effets personnels. Je ne pouvais en supporter d’avantage et descendais donc au salon dans l’idée de faire un scandale à Etienne devant tous ses amis. Cela le calmerait peut-être. Mais comme j’aurais dû m’y attendre il ne s’y trouvait pas.
« - Où est Etienne ? J’ai deux mots à lui dire !!!
- Chérie calme toi ! Qu’est-ce qu’il t’arrive ?
- Il m’arrive que ce connard est entré dans la salle de bain pendant que j’étais à poil pour me faire la conversation et qu’ensuite il est aller fouiller dans mes affaires ! »

Par DesLyres
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Dimanche 3 février 2008



Laurent prit la parole pour me répondre :
« - ça m’étonnerait, il est parti en début de soirée, il y a de ça une heure pour aller dîner chez ses parents. Il a dit qu’il rentrerait demain midi !
- Je… c’est impossible je viens de le voir !
- Et nous on l’a vu partir en voiture tout à l’heure, s’il était revenu on le saurait ! »

Quand Jérôme me rejoignit dans la chambre il semblait de très mauvaise humeur et je savais déjà qu’il ne m’écouterait pas. Pourtant je n’avais pas halluciné et je ne comprenais pas sa réaction de rejet vis-à-vis de moi. Je ne voulais en aucun cas gâcher les moments merveilleux que nous passions ici, pourtant je sentais que quelque chose allait de travers et je devais en parler.
«  - Il faut que je te parle d’Etienne. Il est bizarre avec moi. Il m’a offert un disque, et depuis j’ai l’impression qu’il me suit partout. Tout à l’heure il est réellement entré dans la salle de bain et m’a reproché de ne pas être entrain d’écouter son cadeau ! Et j’ai retrouvé le disque découpé en morceau dans mes sous-vêtements ! Ne me dit pas que ça te dérange pas !
- Gabrielle, j’veux bien qu’il soit bizarre avec les filles après ce qui est arrivé à Emilie, en plus tu lui ressembles un peu, ça doit pas être évident pour lui. Par contre toi aussi tu dois avoir un problème parce qu’Etienne a quitté la maison bien avant ton histoire de salle de bain et je vois pas comment il aurait pu revenir et repartir sans qu’on s’en aperçoive !
- ça n’a rien à voir avec Emilie ! Je l’ai vu Jérôme ! Comme je te vois là !
- Non Gaby ! C’est impossible ! Tu débloques ! Alors maintenant tu vas gentiment te calmer et on va aller se coucher. Une bonne nuit de sommeil te fera du bien.
- Tu m’écoutes pas ! Il m’observait, et c’est pas la première fois ! Je l’ai surpris entrain de me regarder dormir l’autre jour ! J’en étais pas sûr, maintenant je sais que c’était lui !
- Arrêtes ton délire ! C’est pas parce que tu es la seule nana ici qu’ils te matent tous ! T’as qu’à être plus froide et arrêter de te faire bronzer à moitié nue ! »

Je tombais de haut en entendant ses mots ! C’était ma faute selon lui ! J’avais provoquer ou bien inventer tout ça, pour lui son copain était un ange.
Pourtant Etienne me faisait peur, de plus en plus chaque jour, et j’étais persuader de ne pas avoir rêvé, il était revenu ce soir, et il était sûrement tout près cette nuit.

Le lendemain je restais dans ma chambre le plus longtemps possible, je ne voulais pas avoir à supporter les questions des autres et les regards noirs de Jérôme. Je descendis déjeuner bien tard et ne fis rien de très productif de toute la journée. J’appréhendais le retour d’Etienne, et celui-ci me fit patienter jusqu’à 22h. Il ne se montra pas très loquace et alla rapidement se coucher. Quant à moi j’attendais que tout le monde monte à l’étage pour faire de même.

Par DesLyres
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Mercredi 6 février 2008



Les jours suivant se passèrent sans incident, sans écart de conduite d’Etienne et sans paroles déplaisantes de Jérôme. Au contraire, ils se comportaient tous les deux comme de parfaits gentlemen, et même si j’avais trouvé ça étrange le premier jour, mes craintes et mes angoisses s’étaient peu à peu effacées, comme un mauvais rêve qu’on oubli avec le temps.

Au vendredi de la deuxième semaine de travaux nous avions pratiquement fini l’intérieur de la maison, seule une des trois salles de bain n’était pas « opérationnelle » mais c’était bien sûr sans importance. J’avais à présent une magnifique cuisine et un immense salon, je ne pouvais que m’en réjouir !

Il était 19h et nous avions pris la sage décision de « tester » le nouveau mobilier du bar, prenant chacun un tabouret et une flûte de champagne. Cette fois-ci nous avions un prétexte, nous fêtions la fin de la première étape des travaux, en attendant de commencer les réaménagements extérieurs tels que la terrasse, la grange-garage mais surtout la piscine.

La soirée continua au salon, où nous dégustâmes de succulentes pizzas mal accompagnées de champagne, le tout devant un film incontournable. C’est l’histoire d’un type qui en a marre de sa petite vie bien rangée et qui en vient à ce créer un ami imaginaire l’entraînant dans une nouvelle existence très particulière, sur fond de révolution sociale. Après ça les garçons voulurent regarder 300 mais j’avais déjà du mal à garder les yeux ouverts, je décidais donc de monter me coucher.


J’émerge d’une longue torpeur. Je sens le contact froid du métal sous mon corps. Je suis allongée sur une table d’opération chirurgicale, comme on en trouve chez les vétérinaires. J’esquisse un mouvement pour me lever mais mes mains sont entravées par un lien très serré. A tâtons je cherche quelque chose de tranchant et mes mains se blessent sur un objet. Je coupe la corde avec le rasoir déjà maculé de sang. De qui est-ce le sang ? Je m’assieds au bord de la table. Je ne porte qu’une fine culotte noire. Où sont passés mes vêtements ? Je regarde autour de moi, puis en face de moi et je découvre le visage atrocement mutilé d’une jeune fille, apparemment entaillé par de violents coups de lame. Je sursaute. La jeune fille en face n’est autre que mon reflet dans un miroir. Un long mur réfléchissant comme dans une salle d’interrogatoire. M’observe-t-on de l’autre côté ? Peu importe, je dois sortir de là !

J’ouvre la porte. Un homme est là. Une phrase sort de sa bouche tordue en un rictus terrifiant. « J’avais envie de démolir quelque chose de beau ».



« -Gaby, Gaby qu’est-ce qu’il se passe ? Qu’est-ce que tu as ? Réponds-moi !

Abasourdie je découvris autour de moi le décor familier de ma chambre. J’étais dans mon lit, auprès d’un Jérôme paniqué de m’avoir entendu crier dans mon sommeil.

J’étais trempée de sueur et mon cœur battait à tout rompre. Je mis quelque minute pour me calmer et ne trouvais rien d’autre à répondre à Jérôme qu’un banal :

- ça m’apprendra à regarder Fight Club avec vous avant de dormir… »


Je n’avais pas pu raconter mon cauchemar à Jérôme, même s’il m’avait bouleversé, je m’étais ensuite sentie un peu ridicule. Mon imagination travaillait la nuit pour mieux me faire angoisser la journée. Je restais longtemps hantée par le sourire morbide d’un Etienne psychopathe s’amusant à me défigurer dans mes égarements oniriques.

Par DesLyres
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Mercredi 6 février 2008



Le lendemain j’étais encore un peu brassée et fatiguée par ma nuit très agitée. Comme je n’étais pas d’un grand secours pour les travaux d’extérieurs je décidais de rendre vite à une amie qui habitait à une trentaine de kilomètres de là. Il s’agissait d’une amie d’enfance. Nos chemins s’étaient séparés durant quelques années lorsque ses parents avaient décidés de déménager, et puis elle était revenue faire ses études dans la région, pour mon plus grand bonheur.

La route jusqu’à la ville était assez dangereuse mais je la connaissais par cœur. Jérôme avait tout de même insisté pour que je l’appelle à mon arrivée ainsi que lorsque je reprendrai la route. Je comprenais sans mal ses inquiétudes puisque je vivais les mêmes dès qu’il s’absentait.

Une fois arrivée je rejoignais mon amie à son travail. Elle avait une petite boutique de produits issus de l’agriculture biologique. Je ne savais pas si ça marchait bien pour elle, je décidais donc de faire tourner un peu son commerce en faisant quelques achats. Et c’est entre les salades et les bananes que je lui racontais la vie dans notre nouvelle maison, mais aussi et surtout les agissements d’Etienne. Elle au moins me comprendrait, j’en étais certaine. Je lui racontais également mon cauchemar, et ça la fit frissonner. Elle ne savait pas quoi me conseiller, et regrettait vivement que Jérôme ne donne pas plus de crédit à mes peurs concernant Etienne. La solution que me proposait Laura était de retourner chez mes parents jusqu’à la fin des travaux. Je n’aurais qu’à prétexter une grande fatigue ainsi que mon inutilité dû à l’absence de muscles dans mes bras pour creuser la piscine.

A bien y réfléchir, je ne pouvais pas demander à Etienne de partir avant les autres, et nous avions trop besoin de tout le monde pour finir ce que nous avions commencé, c’était donc à moi de plier bagages quelques jours en espérant que Jérôme comprendrait.

Je rentrais tard ce soir-là. Laura m’avait invité à manger dans son petit appartement de célibataire endurcie, plutôt « Sex and the city » que « Bridget Jones », et nous avions papoté durant des heures comme au bon vieux temps. J’allais bientôt me marier, un bébé n’était pas une idée qui m’effrayait, alors que Laura faisait tout pour ne pas s’attacher à un homme et envisageait d’adopter un petit chat. Mais malgré cela nous étions très complice et nous nous comprenions mieux que des sœurs.

C’est sur le coup des 23h que j’appelais Jérôme :

« - Je pars seulement de chez Laura, je serais là un peu avant minuit je pense… Bisous mon amour, je t’aime fort ! »


Je n’aimais pas rouler de nuit, j’étais aveuglée par les phares des autres voitures et ne voyant pas le bord droit de la route j’avais tendance à rouler un peu au milieu. Mais je conduisais une petite voiture et j’avais l’habitude de prendre cette route.
J’étais à dix minutes de la maison lorsqu’une ombre surgit à ma gauche. Prise par surprise je braquais et freinais en même temps.
Choque.
Respiration coupée, douleur atroce à la poitrine.
Impression d’être prise dans un étau.
Tout s’éteint.
Trou noir.

Par DesLyres
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